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SincéritéS

Hérésie Économique des Stocks Nationaux de Sécurité (SNS)

5 Avril 2015 , Rédigé par Jean-Pierre Llabrés Publié dans #Aide Publique au Développement (APD) Économique

En Afrique sahélienne et sub-sahélienne, les gouvernants sont si obnubilés par « LA Soudure » (Afrique, Sécurité Alimentaire : Ineptie du concept de « Soudure », http://www.sincerites.org/article-afrique-securite-alimentaire-ineptie-du-concept-de-soudure-122608846.html) qu'ils sont totalement incapables de se concentrer sur la période de récolte précédente dont l'évolution des prix, par rapport aux années antérieures, leur permettrait d'anticiper la nécessité de prévoir des importations alimentaires pour pallier à un déficit de récolte de produits vivriers (céréales, notamment) ou la possibilité d'exporter un excédent éventuel.

Pour cette raison, en cas de déficit, il arrive bien trop souvent que les importations soient déclenchées bien trop tard et que, parfois, au lieu d'arriver au moment de la trop fameuse soudure (où elles seraient d'un grand soulagement pour le consommateur), elles ne parviennent qu'au moment de la récolte suivante durant laquelle elles provoquent un surcroît d'offre qui entraîne la chute des cours aux dépens du producteur.

Pour remédier à cela, il a été imaginé (par la FAO, sauf erreur de ma part) de constituer des Stocks Nationaux de Sécurité (SNS) qui seraient débloqués dans l'attente de l'arrivée des importations.

Ces SNS, correspondant aux besoins alimentaires de tout ou partie de la population pendant une période déterminée (un à deux mois), sont, a priori, constitués par des produits locaux, indigènes, achetés par tiers durant trois années consécutives d'années excédentaires au moment de la récolte (soutien des cours au producteur).

En quatrième année1, le premier tiers est vendu, si besoin, au moment de la soudure (allègement des prix au consommateur).

Tout cela semble bel et bon mais point n'est besoin d'être expert-comptable pour se rendre compte qu'il existe un vice majeur en cette affaire.

En effet, tout commerçant œuvrant dans les produits vivriers achète la totalité de son stock annuel au moment de la récolte et le revend, au fur et à mesure de la campagne agricole, jusqu'à la soudure, avant la récolte suivante où il réitère l'opération. De cette manière, tous ses frais de fonctionnement s'appliquent durant un maximum de 12 mois sur la totalité de son stock et optimisent sa rentabilité, son bénéfice.

Or, dans le cas des SNS, chaque tiers acheté cumule des frais de fonctionnement durant 4 ans. C'est-à-dire que le première tiers vendu, durant la soudure de la quatrième année, doit couvrir les frais de fonctionnement correspondant à 4 ans pour, simplement, équilibrer les comptes sans même tenir compte d'un bénéfice éventuel !

Dans ces conditions, un SNS ne peut qu'accumuler des déficits sauf à deux conditions :
1) Être subventionné par l'État,
2) Vendre à des prix bien plus élevés que ceux du marché au moment de la soudure.

Dans ce deuxième cas, il ne trouvera pas preneur à ces prix prohibitifs sauf si le degré d'intensité de la soudure était tel que les prix atteindraient le niveau nécessaire à la rentabilité du SNS ; qui, de facto, profiterait donc de la pénurie...

En conséquence, un Stock National de Sécurité (SNS) constitue une Hérésie Économique, puisqu'il ne peut générer que des déficits financiers, qui devrait, bien plutôt, être remplacé par une Réserve Financière permettant d'acquérir des produits alimentaires auprès des commerçants et des importateurs locaux.

Par parenthèse, un vaste réseau de stockage détenu par les producteurs de produits vivriers remplacerait avantageusement un SNS en ce sens qu'une grande quantité de nourriture serait stockée sur le territoire national, accessible à tout moment à toute demande solvable.

Post-scriptum :

À partir des Indépendances, dans les années 1960, nombre de pays dits « en développement » ont mis en œuvre des Offices de Commercialisation des produits vivriers, Marketing Boards, dont la vocation était la Régulation de Marché consistant à acheter massivement des céréales au moment de la récolte pour soutenir les prix aux producteurs puis à revendre les quantités achetées au moment de la soudure pour alléger les prix au consommateurs.

Or, cela n'a jamais fonctionné et tous ces organismes ont accumulé des déficits financiers monumentaux dont s'est émue la Banque Mondiale, dans les années 1980, qui en conclut que « LA régulation de Marché » est intrinsèquement néfaste !

Aussi, la Banque Mondiale se rallia-t-elle au concept des SNS de la FAO en partant du principe que, même si les SNS étaient coûteux, au final, ils le seraient moins que l'horrifique régulation de marché.

Mais, la docte Banque Mondiale qui croit tout savoir sur tout, ne s'était pas rendue compte que les Offices de Commercialisation ne faisaient pas de la Régulation de Marché mais, au contraire, fonctionnaient déjà comme des SNS ; sans le savoir...

Par exemple, en 1988, le Kenya croulait sous près d'un million de tonnes de maïs blanc (qui auraient dû/pu être exporté) quand la Banque Mondiale et la Commission Européenne se mirent en tête d'y créer un SNS. Cherchez l'erreur ! ! !...

Avec tout cela, les SNS se sont multipliés de par le monde et continuent allègrement de cumuler les déficits financiers.

Ce serait à se tordre de rire si toutes ces inepties étaient sans conséquences fâcheuses pour les populations !

1Lors de la récolte de quatrième année, un « quatrième » tiers est acheté en anticipation de la vente du premier tiers durant la soudure de cette quatrième année.

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