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SincéritéS

À propos du langage amoureux...

3 Décembre 2011 , Rédigé par Jean-Pierre Llabrés Publié dans #Sexualité

 

 

 À parler d’autres idiomes que sa langue maternelle, on se rend compte des étrangetés que celle-ci contient ; bien souvent, elles consistent en une dénaturation du sens originel des mots, de leur étymologie, et cela est particulièrement sensible et désagréable dans le langage amoureux.

Par exemple, en Français, achevant une lettre ou une conversation téléphonique par « Je t’embrasse », nous n’étreignons « étymologiquement » pas la personne à qui cela s’adresse mais, plus simplement (?), nous lui donnons un baiser. Certes, nous pourrions lui dire « Je t’envoie un baiser » et, parfois, nous le faisons. Mais il ne saurait être question de lui dire « Je te baise ». Et pour cause... Cela serait d’une vulgarité et d’une grossièreté qui n’ont, étymologiquement, aucune raison d’être. La preuve : nous pouvons dire « Je te baise les mains », « Je te baise les lèvres », et cætera...

Cela est un particularisme français et, très probablement, toutes les langues en connaissent d’identiques. Cependant, il existe des points communs qui en disent long sur la pratique du langage amoureux, sur l’amour lui-même et les relations Femme / Homme.

« Faire l’amour », « To make love », « Hacer el amor », et cætera., déconnecte les relations sexuelles des sentiments amoureux dont elles procèdent généralement. Certes, il est possible d’avoir des relations sexuelles sans éprouver de sentiment : on entre alors dans le domaine du seul désir physique, voire de « l’amour tarifé » ou de la perversion. Une relation sexuelle éphémère, même unique, reste, dans la majorité des cas, inspirée par un sentiment quand bien même celui-ci est très fugace et sans futur : attirance momentanée, besoin de consolation, manque d’affection, et cætera...

En vérité, il s’agit là d’un péché véniel du langage tant il est difficile de trouver une expression adéquate qui ne sépare pas le sentimental du physique. Et tous les amoureux du monde, lorsqu’ils se disent « Je te désire », « Je souhaite te faire l’amour », savent qu’il faut également entendre ce qui n’est pas explicitement dit mais reste implicite : « ... parce que je t’aime ».

Cependant, il existe une expression, universellement répandue, qui est révélatrice des relations entre la Femme et l’Homme.

La littérature et le cinéma l’ont consacrée sous forme de poncifs machistes : « Prends-moi », « Take me », « Tomame ». De plus, il est usuel que ce cliché soit adressé à un homme par une femme. En dépit du fait que les amoureux se donnent l’un à l’autre : équitablement, en théorie.

Or, cette phrase toute faite constitue une hérésie anatomique, physiologique et étymologique. « Prendre », de même que « To take » ou « Tomar », implique un mouvement de préhension, enveloppant comme celui de la main, dont le sexe masculin est absolument incapable mais qui est l’essence et le privilège même du sexe féminin. Pour être parfaitement clair, l’homme peut pénétrer le corps de la femme mais, seule la femme peut « prendre » l’homme, le sexe de l’homme dans son vagin.

 

Se cache-t-il quelque chose d’important derrière ces contresens étymologique et anatomique ? Certainement : l’essence même du machisme ! Toute la peur de l’homme d’être dominé par la femme.

Prendre, c’est posséder ! En « prenant » une femme, ou en croyant la prendre, l’homme s’imagine qu’il s’en empare et qu’elle lui appartient. Une manière de se rassurer et de refuser d’accepter d’être pris par la femme car, ce faisant, sa virilité serait en péril : en voie d’être dominée par elle. Aussi est-il bien plus confortable pour l’homme de croire que sa domination se traduit par la prise de la femme comme on prend une forteresse. Et le comble de la sécurité est atteint lorsque la femme elle-même accepte ou paraît accepter cette domination en prononçant les mots magiques, ou fatidiques : « Prends-moi ! ».

Dans ma lutte masculine contre le machisme de mes congénères, à toi, Femme Bien Aimée qui m’a inspiré cette réflexion, je n’hésite pas à dire, sans aucune crainte pour ma virilité, sans honte ni sentiment d’impudeur : « Prends-moi ! Empare-toi de moi ! Possède-moi ! »...

Et, comme je veux le dire en termes plus pacifiques, doux et tendres pour l’équilibre et le bonheur de notre couple, j’ajoute : « Accepte-moi ! Reçois-moi ! Accueille-moi ! Recueille-moi ! Autorise-moi à pénétrer au plus intime de toi ! »...
...parce que je t’aime et que tu sais déjà que je jouis d’abord de tes orgasmes avant que du mien et que, si j’ai quelque pouvoir, c’est uniquement en cela qu’il réside...

Pour être complet, il me faut reconnaître que mon abnégation devant ton plaisir et ton bonheur n’est pas totalement désintéressée. En effet, lorsque tu es heureuse, ensuite, tu me rends également heureux mais au centuple !
Pardonne-moi d’être si égoïste.

 

 

 

 

 

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