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SincéritéS

Conversations insipides avec un Président. Testament Politique : l'occasion manquée !

18 Juin 2001 , Rédigé par Jean-Pierre Llabrés Publié dans #Politique France

1. Cinq volets et un débat

La chaîne de télévision, « La 5ème », a diffusé, le dimanche 10 juin 2001, le cinquième et dernier volet des « Conversations avec un Président » : Mitterrand interrogé par Elkabbach entre le début de la cohabitation de 1993 et la mi-94. Après cette diffusion, un débat, d'une heure environ, présenté par Jean-Michel Gaillard, s'est instauré entre quatre historiens : Hélène Ahrweiler, Jean-Pierre Azéma, Jean-Pierre Rioux et Michel Winock.

2. Pourquoi les regarder  ?

Que l'on apprécie ou que l'on abhorre Mitterrand, en tant que personne privée ou en tant que personnage public, il paraissait intéressant de regarder les cinq volets constituant ces conversations ainsi que le débat qui s'ensuivait. Je me suis donc astreint à les suivre intégralement en espérant en apprendre plus sur les deux mandats présidentiels de Mitterrand.

La personne ne m'intéresse que dans la mesure où sa vie privée pourrait être en contradiction avec l'action politique du personnage public. Par exemple, l'existence de sa fille adultérine m'a toujours laissé indifférent dans la mesure où Mitterrand ne se piquait pas de donner des leçons de morale aux Français en matière de vie conjugale. En revanche, la prise en charge éventuelle, directe ou indirecte, partielle ou totale, par les finances publiques (nos impôts), de dépenses liées à cette fille adultérine ou à tout autre collatéral, délibérément caché aux citoyens, me paraîtrait éminemment répréhensible.

Personnellement, donc, ne m'intéressait potentiellement que l'action politique, au sens le plus large, de ce personnage public.

3.Quels enseignements ?

Le débat intervenu entre les quatre historiens m'a permis de constater que leurs compréhensions croisées confortaient le sentiment que j'avais ressenti au fil de la diffusion des cinq volets : aucune révélation majeure, aucun message transcendantal de la part de Mitterrand.

En résumé, Elkabbach n'avait pas pu sortir Mitterrand de tous les poncifs qui se sont accumulés durant sa longue carrière politique : politicien de droite venu (tardivement ?) à la gauche ; animal politique ; grand tacticien ; secret ; personnage de roman ; piètre économiste ; et cætera, etc. Chacun, selon ses valeurs, retiendra, parmi toutes ces caractéristiques, quels sont les paramètres réellement utiles à faire un grand Président.

Sans vouloir être caricatural, il est possible de mentionner Jean-Pierre Rioux qui, citations à l'appui, estimait que plusieurs des propos de Mitterrand ne relevaient que du « café du commerce » [Mitterrand : "Les réformes économiques se terminent toujours par l’augmentation des taxes sur l’essence et le tabac" (sic).] .

Toutefois, au terme de leur débat, les quatre historiens semblaient s'accorder sur le bilan, en trois points, des deux mandats de Mitterrand : Alternance politique en France ; Abolition de la peine de mort ; Continuation de la construction européenne.

À ce bilan, Michel Winock ajoutait (perfidement ?) la réhabilitation de l'économie de marché et des entreprises ; en soulignant que, en l'occurrence, il s'agissait d'un renoncement de Mitterrand à ses « idéaux socialistes ».

Par ailleurs, Hélène Ahrweiler indiqua le goût certain de Mitterrand pour l'Histoire ainsi que sa propension (prétention ?) à se vouloir « créateur d'Histoire » ; preuve en étant donnée par ses entreprises en matière architecturale (Pyramide du Louvre, Arche de la Défense, Grande Bibliothèque, etc.), ouvres susceptibles d'imprimer une marque mitterrandienne à l'Histoire.

Enfin, Michel Winock mentionnait, la distance, l'indifférence de Mitterrand vis-à-vis du contexte politicien ainsi que son caractère désabusé vis-à-vis de l'action politique elle-même : « Les Français veulent des réformes, en général ; mais ils sont contre toute réforme en particulier ».

Malheureusement, les quatre historiens ne sont pas allés plus avant dans l'analyse de sa volonté d'entrer dans l'Histoire et de son amertume en matière de vanité de l'action politique. Pourtant, il me semble que ces deux aspects expliquent, à eux seuls, le déficit de contenu que représente l'ensemble de ces « Conversations avec un Président ».

4. Le grand ratage !

Mitterrand savait que ces entretiens ne seraient diffusés qu'après son départ de l'Elysée. Il est extrêmement probable qu'il savait, également, que cette diffusion n'interviendrait qu'après sa mort. Libéré de toute contingence, conformément à son goût pour l'Histoire, il avait donc l'opportunité de délivrer une parole sincère, désintéressée et, éventuellement, profitable à l'ensemble de la Nation, toutes opinions politiques confondues.

S'appuyant sur les événements de la vie politique au quotidien, de 1993 à 1994, il aurait pu saisir l'occasion de rebondir sur les faits de l'actualité du moment de ces entretiens pour adresser aux Français des messages clairs sur les problèmes auxquels ils sont confrontés et que, par inertie, ils se refusent à résoudre.

Sans risquer d'être soupçonné de démagogie, ou de se mettre à dos l'opinion du moment (cohabitation), il lui aurait été possible de présenter des projets politiques approfondis et radicaux (s'attaquant aux racines des problèmes) : un authentique message, une « vision », pour la postérité qui, à terme, pourrait conduire les Français à accepter les réformes, en général aussi bien qu'en particulier.

Lamentablement, Mitterrand fut incapable de hausser son niveau de pensée très au-dessus de celui d'Elkabbach. Et ils s'en tinrent, l'un comme l'autre, à une analyse politicienne de l'actualité du moment de leurs entretiens : Le grand ratage!

5. En mémoire de moi...

Le 31 décembre 1994, Mitterrand présenta ses voeux aux Français en annonçant son départ de l'Elysée et, implicitement, sa mort prochaine. Mais, dans un accès de lyrisme métaphysique et de banale spiritualité, il les « rassura » en les informant qu'il serait toujours parmi eux. Pathétique!

Les entretiens qui viennent d'être diffusés peuvent donc être considérés comme une sorte de « message d'outre-tombe ». Si l'on ne pouvait obtenir mieux depuis l'au-delà, mieux aurait valu se taire ! À jamais!

Ainsi, nul n'aurait perdu de temps à regarder ces conversations insipides qui ne contiennent pas le Testament Politique que l'on pouvait en attendre de la part d'un Mitterrand soucieux d'imprimer sa marque à l'Histoire.

 

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