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SincéritéS

Les milliardaires sont-ils trop nombreux et trop riches ?

20 Avril 2000 , Rédigé par Jean-Pierre Llabrés Publié dans #Économie

L’iniquité de la pauvreté incite à penser qu’elle résulte automatiquement des fortunes accumulées par certains. C’est une réaction humaine compréhensible. Mais, cette explication n’est que partiellement vraie. L’origine de la pauvreté se trouve dans le mécanisme inégalitaire de répartition des richesses créées tout au long de la chaîne de production. Alors, faut-il se contenter de stigmatiser les « milliardaires » ? Ne vaudrait-il pas mieux imaginer de nouvelles clefs de répartition des richesses ?

Les milliardaires en Euros (€) [1] ne sont pas très nombreux dans le monde : 460 en 1999. Ils représentent 0,000 007 6 % de la population mondiale. En l’absence d’une estimation du patrimoine mondial, il suffit d’indiquer que les 1.500 milliards de leur patrimoine représentent 6,23 % du PNB annuel mondial

Ils ne sont pas très nombreux mais leur nombre n’a cessé de croître : + 28 % en 5 ans. Durant cette même période, entre 1995 et 1999, leur patrimoine s’est également accru : + 85 % pour ce qui concerne celui des 200 premiers du palmarès qui atteint aujourd’hui 1.085 milliards .

Les 279 milliardaires les plus fortunés [2], et dont l’estimation du patrimoine est publiée [3], disposent de 1.334 milliards ; parmi eux, 269 opèrent dans l’économie (1.193 milliards ) et 10 sont des Chefs d’État [4] (141 milliards ).

Pour ces 279 milliardaires, le patrimoine moyen s’élève à 4,78 milliards . Mais, seuls 84 d’entre eux dépassent cette moyenne arithmétique. Pour ceux-là, le patrimoine moyen s’élève à 10,4 milliards . Les écarts sont donc énormes entre le premier, 90 milliards , et le 84ème, 4,8 milliards ; sans oublier le « pauvre » 279ème qui dispose seulement de 1 milliard .

Cette disparité se traduit par le fait que 68 %, soit 910 milliards , du patrimoine détenu par ces 279 milliardaires appartiennent à 92 d’entre eux (33 %). Il en résulte que les 187 autres ne détiennent que 32 % dudit patrimoine, soit 425 milliards . Cela est bien navrant ; consternant !

Cependant, il convient de relativiser cette consternation. En effet, dans tout ce qui précède, il n’a été question que d’un demi-millier de milliardaires en Euros sans considération aucune pour ceux, beaucoup plus nombreux, qui ne sont que millionnaires en Euros ou, seulement, milliardaires en Francs (ou en une autre devise).

Et, pour aller au bout de la relativisation, il convient de ne pas oublier la multitude de ceux qui ne sont ni milliardaires, ni millionnaires, quelle que soit la devise !

À ce stade, compte tenu de l’augmentation du nombre des milliardaires et des millionnaires, ainsi que de l’accroissement de leur patrimoine, on est fortement tenté de croire que les riches sont toujours plus riches, ce qui est vrai [5], et que les pauvres sont toujours plus pauvres, ce qui est faux, comme en témoigne l’évolution du niveau de vie dans de nombreux pays. Mais, dans de trop nombreux pays émergents, l’élévation du niveau de vie reste beaucoup trop faible pour de nombreux êtres humains [6].

Pour ces derniers, c’est le cas de le dire, il n’est pas vrai qu’ils deviennent de plus en plus pauvres [7]. Mais, il est extrêmement probable que leur vitesse d’enrichissement demeure bien trop faible. Et, dans le pire des cas, leur niveau de départ est si bas que s’enrichir consiste à se payer le luxe, au mieux, de ne pas mourir de faim ou, au pire, de mourir de faim beaucoup plus lentement...

Là aussi, la tentation est grande de faire un procès d’intention aux riches en leur prêtant une cynique et sadique pensée : « Que serait le bonheur de se sentir riche si l’on ne pouvait contempler le malheur d’être pauvre ? ». Certains se laissent aller à ce procès d’intention et en concluent que les pauvres sont appauvris par les riches.

Il existe certainement des riches qui accroissent leur patrimoine en exploitant, voire en provoquant, la misère humaine, afin de maximiser les profits découlant de leur créativité économique. Cependant, en se gardant de toute diabolisation, et sans sombrer dans l’angélisme, on ne peut nier que bien des riches œuvrent dans le mécénat et l’humanitaire. Il importe peu de savoir s’il s’agit pour eux de se donner bonne conscience à bon compte.

Ce qui importe est que leur contribution financière soit des plus efficaces pour éradiquer la pauvreté. Là, le bât blesse car l’aide au développement des pays émergents, comme l’aide aux pauvres des pays riches, s’avère inefficace depuis des années.

Alors, il est à souhaiter que les ressources financières destinées au développement soient enfin investies dans des projets réellement facteurs de progrès. En attendant, il n’y a pas lieu de souhaiter que le nombre de milliardaires et de millionnaires s’amenuise ; pas plus que leur patrimoine. Au contraire !

Souhaitons que l’humanité entière s’affranchisse à jamais de la pauvreté. Cela est possible. L’argent en faveur du développement est disponible depuis longtemps déjà. Il est gaspillé depuis tout aussi longtemps.

Ne restent à trouver que des idées réellement créatrices de richesse pour tous !

Post-Scriptum

Est-il possible d’admettre que les « milliardaires » ne sont pas tous démoniaques ? Est-il possible d’admettre que, dans une société plus juste, leurs mérites intrinsèques en feraient également des « milliardaires » ?

Dans cette hypothèse, la solution à la pauvreté consisterait, d’une part, à accepter le rôle de locomotives économiques des « milliardaires » et, d’autre part, d’imaginer des mécanismes plus équitables de répartition des richesses.

Il est certainement plus facile de vouloir en finir avec les « milliardaires » que d’innover en matière économico-sociale. Mais, c’est probablement bien plus improductif.

 

Notes :

[1] 1 € = 6,55957 FF, soit 1 $ environ.

[2] Ce qui relève du pléonasme.

[3] Ce qui n’est donc pas le cas pour 181 d’entre eux.

[4] Parmi ceux-ci : Saddam Hussein (6 milliards ) ; Hafez Al Assad (2 milliards ). Hélas !

[5] Sauf accident économique ou spéculation hasardeuse.

[6] Sans oublier des populations moins nombreuses dans les pays développés.

[7] Sauf guerre(s) et catastrophes naturelles.

 

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