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SincéritéS

Présidentielle 2002. Quel facteur décisif pour l'emporter ?

1 Mars 2001 , Rédigé par Jean-Pierre Llabrés Publié dans #Politique France

1. Introduction

Jadis, un candidat à la Présidence de la République découvrit l'argument qui fut décisif dans sa victoire : la réduction de la Fracture Sociale. Ce faisant, il avait mis le doigt sur le point le plus sensible de la contradiction entre Économie et Social : croissance globale des entreprises et de leurs profits coexistant scandaleusement avec trois millions de chômeurs. Relever un tel défi ne pouvait que séduire l'électorat : il fut élu  !

Le nom de ce Président restera, à jamais, dans la mémoire collective à cause de l'amnésie dont il fit preuve, à peine élu, quant à son objectif, clamé et proclamé, de réduction de la Fracture Sociale.

Aujourd'hui, nous sommes à la veille d'une nouvelle élection présidentielle et, si les effets de la Fracture Sociale apparaissent réduits, essentiellement grâce à des mesures de redistribution, réalisées par un gouvernement opposé audit Président (1), ses causes en sont restées intangibles.

Il en résulte que les candidats à la prochaine élection présidentielle devraient programmer de s'attaquer véritablement aux causes de la Fracture Sociale au lieu de se contenter d'en combattre les seuls effets. Bien sûr, le thème de la réduction de la Fracture Sociale sera difficile à porter sans le rebaptiser tant cette appellation, compte tenu de ce qui ne fut pas fait en son nom, provoque d'éclats de rires (jaunes) au sein de l'électorat.

2. La cause structurelle de la Fracture Sociale

Depuis le Sommet Européen de Lisbonne consacré à l'emploi, en mars 2000, nos chefs d'états et de gouvernements ont annoncé que l'on peut envisager, pour 2010, le retour au plein-emploi grâce à un taux annuel de croissance de 3 % qui résulterait majoritairement de la « nouvelle » économie basée sur Internet (2).

On peut espérer qu'ils ne se trompent pas plus aujourd'hui que ne l'ont fait leurs prédécesseurs entre 1975 / 2000, période au terme de laquelle il reste 2 millions de chômeurs en France et 15 millions dans l'Union Européenne. Acceptons donc l'augure du retour au plein-emploi dans la perspective du Nouvel Eldorado qui s'annonce. Et après ?

Compte tenu des convulsions qui ont épisodiquement secoué l'économie mondiale depuis le début de l'ère industrielle, Révolution Industrielle anglaise du milieu du XIXème siècle, il serait bien naïf de croire que l'économie postindustrielle, que nous vivons, va s'installer dans un âge d'or de stabilité immarcescible. Le progrès économique ne pouvant résulter que du mouvement, de l'évolution et des mutations, il arrivera fatalement un jour où la « nouvelle » économie et son vecteur Internet, sur lequel elle s'appuie, atteindront leur apogée, puis seront banalisés et, enfin, exigeront l'émergence d'innovations génératrices de nouveaux élans de développement.

Qui peut dire, aujourd'hui, ce qui leur succédera ? Et quand ? Personne. Cependant, cette issue est inéluctable  !

S'il n'est pas possible de décrire ce que sera le futur, au-delà de l'essoufflement inéluctable de la « nouvelle » économie et de son vecteur Internet, il est nécessaire d'anticiper cette évolution et de tirer les leçons du passé afin d'éviter que des millions d'êtres humains fassent, à nouveau, les frais de la prochaine mutation économique ainsi que cela vient de se produire durant le dernier quart de siècle.

Gouverner, c'est prévoir.

L'Économie est essentiellement basée sur la créativité, la compétitivité et l'adaptabilité. De plus, la technologie (informatique, robotique) lui propose des voies lui permettant, bien souvent, de réduire ses besoins en ressources humaines.

Ce phénomène constitue un authentique progrès humain en ce sens qu'il diminue considérablement la pénibilité du travail (3). Mais, cette tendance a un effet pervers : l'allégement du travail jusqu'à ses limites ultimes provoque, ipso facto, l'anéantissement du revenu des personnes concernées.

Certes, les tenants les plus optimistes de l'économie soutiennent que la formation des ressources humaines permet de retrouver ailleurs un nouveau travail / revenu en remplacement de celui qui a été perdu. C'est postuler que le plein-emploi est une donnée intangible de l'économie : démonstration doit encore en être faite.

Même en admettant ce postulat, nous restons encore loin de l'émergence de l'économie « idéale » dans laquelle auraient disparu les perturbations que subissent actuellement les ressources humaines, du fait des évolutions technologiques, et qui provoquent nombre de préjudices financiers et de douleurs psychologiques.

La Fracture Sociale se résume essentiellement à cela : évolution de l'économie sans prise en compte réelle du facteur humain. En cela, elle participe, tout simplement, de l'intangible contradiction existant entre employeurs et employés ; contradiction qui, depuis l'origine, a donné lieu à des combats pour l'obtention, par les seconds, d'une amélioration de leurs conditions de travail et de vie (congés payés, retraite, indemnisation du chômage, etc.).

Toujours d'actualité, les moyens mis en ouvre pour en atténuer les effets demeurent toujours les mêmes : institutions de lois et de règlements après des conflits sociaux. Que cette méthode soit relativement douce, comme en Allemagne, dans le cadre de la cogestion, ou plus conflictuelle, comme en France, et que les résultats obtenus par les employés soient loin d'être négligeables, elle n'en apparaît pas moins excessivement archaïque.

Aussi, la question se pose de savoir s'il ne serait pas possible d'imaginer une solution qui fasse disparaître définitivement cette permanente contradiction entre Économie et Social.

Apparemment, ni la Droite ni la Gauche ne se posent le problème économico-social en ces termes.

3. L'approche de la Droite

La Droite, généralement conservatrice en matière de mours et de protection sociale, par exemple, est plutôt progressiste et libérale en matière économique. Mais, au plan social (au sens de « souci de la condition humaine »), elle s'avère archaïque, voire inexistante, en raison du simplisme et de l'angélisme de son credo économique, lequel frôle l'optimisme béat : laissons faire l'économie libérale (4) et chacun en bénéficiera à proportion de ses mérites.

Au passage, finissons-en avec un concept qui s'est avéré parfaitement erroné. Selon la Droite, le Libéralisme économique impliquerait l'instauration automatique de la Démocratie politique. Nombre d'exemples apportent la démonstration du contraire : Espagne de Franco (années 60), Chili de Pinochet (milieu des années 70), Afrique du Sud de l'apartheid (avant 1990), etc.

Bien entendu, il ne s'agit pas de prétendre que la prospérité économique est préférable à la démocratie politique. Bien au contraire ! Les deux sont également souhaitables. Toutefois, il convient de préciser que le passage de la dictature à la démocratie ne s'accompagne pas, automatiquement et à la même vitesse, de la prospérité économique. Loin s'en faut ! D'où, bien souvent, de cruelles désillusions économiques lors du retour à la liberté politique : cf. ex-URSS et satellites.

Pour en revenir au credo libéral de la Droite, en matière économique (à savoir : le Marché apporte à chacun sa juste part de richesse à proportion de son talent), s'il est admissible d'un strict point de vue économique, il révèle une surprenante carence en matière d'appréhension de la Société et de l'État.

En effet, si l'on accepte de s'en tenir à une société au sein de laquelle ne s'exprimerait que le rapport de forces économiques, il existerait une stricte équité économique. Mais, ce serait oublier que la nature et l'existence d'une Société ne tiennent pas exclusivement à des considérations de seule équité économique. La Société a imaginé l'État pour arbitrer les conflits d'intérêts entre ses membres.

A priori, on peut penser qu'un des rôles de l'État est de rétablir une justice sociale au profit de ses membres économiquement défavorisés. On peut regretter ce type d'intervention ainsi que l'archaïsme des mécanismes mis en ouvre pour y parvenir. Mais, dans cette logique, on oublierait que l'État protège aussi les plus favorisés des membres de la Société qui, sans lui, se verraient confrontés à la révolte des plus défavorisés.

Il est donc pour le moins dangereux, sinon suicidaire, de n'envisager l'avenir de la Société, et celui de ses membres, que du seul point de vue de « l'équité économique ».

En revanche, il est parfaitement légitime de s'interroger sur la pertinence des actions actuellement mises en ouvre au titre de « l'équité sociale ». On est également en droit de se demander si les solutions sociales actuelles ne constituent pas des handicaps, allant se renforçant, pour les performances de l'économie ; avec, à terme, le risque que ces solutions ne soient plus viables.

On peut donc tenter d'imaginer s'il ne serait pas possible de trouver des solutions sociales qui soient en parfaite synergie avec l'économie et qui, ce faisant, aboliraient à jamais la contradiction existant entre Économie et Social.

Mais, hélas !, la Droite ne donne aucun signe qu'elle se place dans cette perspective.

4. L'approche de la Gauche

La Gauche s'est progressivement définie comme le chantre du progressisme en matière d'amélioration de la condition humaine ; celle des salariés et des chômeurs, notamment. Pendant longtemps, elle fut persuadée qu'une économie planifiée pouvait se substituer à l'économie libérale et résoudre les problèmes d'inégalité sociale : ce fut un fiasco économique, doublé d'une catastrophe démocratique, partout où elle fut pratiquée (5).

En France, en 1981, les Socialistes se promettaient de changer de système économique. Mais, leurs premières mesures dans cette direction se traduisirent par des contre-performances telles que, dès mi-1982, ils durent se résigner à revenir au régime de l'économie libérale dont ils ont progressivement assimilé tous les concepts. Aujourd'hui, dans une économie libérale qu'elle ne remet plus fondamentalement en cause, la Gauche s'attache à mettre en ouvre son progressisme en matière d'amélioration de la condition humaine.

Mais, paradoxalement, si on ne peut l'accuser d'inexistence en ce domaine, elle n'y est pas exempte d'archaïsmes. En effet, ses solutions sociales ne sont faites que de prélèvements fiscaux (au sens le plus large) sur les « privilégiés » aux fins de redistribution vers les « défavorisés » ; ceux-ci étant, essentiellement, les salariés et, a fortiori, les chômeurs. Cela n'a rien d'immoral en soi mais constitue un handicap pour le développement économique dont le ralentissement toujours possible (provoquant une baisse des recettes fiscales (6) ), à ne jamais ignorer, peut rendre caduques lesdites solutions sociales.

Hélas, la Gauche, si elle a bien fait des progrès en matière d'appréhension de l'économie, ne semble pas être en mesure de se défaire de ses vieilles recettes en matière sociale et d'imaginer de nouvelles voies.

5. La synthèse économico-sociale

En résumé, aujourd'hui, en France et dans nombre d'autres pays, Droite et Gauche s'accordent sur les vertus de l'économie de marché en matière de création de richesse. Elles divergent quelque peu sur le degré de libéralisme à accepter.

Cependant, il convient de préciser que le libéralisme intégral, absolu, n'existe nulle part réellement dans les pays développés (7). Depuis longtemps déjà, de haute lutte, bien des correctifs ont été apportés (même aux USA ; cf. Loi antitrust).

L'avenir passe par la conciliation (8) des impératifs de l'économie libérale et de ceux de l'amélioration de la condition humaine. Pour être authentique et viable, il faut que cette conciliation soit en mesure de rendre interdépendantes les conditions de croissance économique et celles d'amélioration de la condition humaine. En d'autres termes, il faut mettre en ouvre un mécanisme qui induise une dynamique systématique entre l'une et l'autre.

Dans une telle perspective, toute croissance économique garantira, automatiquement, une amélioration effective du niveau de vie pour tous, indépendants et salariés, employeurs et employés. À l'inverse, et c'est la condition de cette automaticité, toute récession économique entraînera, pour tous, une détérioration du niveau de vie (9). Cette réciprocité inéluctable constitue l'assurance de la survenue, en cas de crise, du sursaut nécessaire pour restaurer la croissance économique. Ce risque, juste contrepartie de la première garantie, pourra paraître rédhibitoire mais doit être assumé, faute de quoi rien ne pourra être radicalement amélioré.

Cette synthèse économico-sociale se doit de proposer la mise en corrélation, de manière synergique, de la croissance économique et de l'amélioration du niveau de vie de tous les citoyens, tous membres de la Société confondus. Cette corrélation sera dynamique, systématique et automatique afin d'assurer l'avènement d'une économie libérale anthropocentrique d'où sera définitivement bannie la Fracture Sociale.

6. Conclusion

L'économie de marché recèle en son sein une « contradiction fondamentale » (10) : l'incompatibilité apparente entre compétitivité et solidarité.

Cette ultime (?) contradiction fondamentale de l'économie de marché doit être résolue.

Pour la résoudre, il est impératif de réaliser une synthèse qui rendra compatibles et interdépendants les antagonismes existant actuellement entre compétitivité et solidarité, entre employeurs et employés.

Si une telle synthèse voit le jour, elle assurera la victoire présidentielle au candidat qui s'en fera le champion sincère.

Notes

1.Ce qui est un comble!

2.Parmi ces « Pythies », une, au moins, ignorait, encore fort peu de temps auparavant, ce qu'était une « souris » informatique. On peut donc légitimement s'interroger sur la compétence de ce type de prophète.

3.Travail : du latin trepalium, instrument de torture  !

4.Économie de marché ; économie marchande.

5.Dans l'absolu, il serait parfaitement possible qu'une économie planifiée puisse être mise en ouvre de manière efficace. Mais elle nécessiterait une capacité organisationnelle exceptionnelle dont l'économie libérale fait l'économie en vertu (?) de sa (cruelle ?) capacité naturelle d'ajustement de l'offre à la demande.

6.Sauf par augmentation du taux de prélèvement fiscal, bien entendu.

7.Le « capitalisme sauvage » compterait plutôt au rang des nombreuses calamités que doivent affronter les pays émergents. Dramatique apanage  !

8.On ne peut pas, hélas, parler de réconciliation.

9.L'intangibilité des « avantages acquis », même en période de récession, ne peut être retenue quand l'acquisition d'avantages est automatique et systématique en période de croissance.

10.Cf. « La fin de l'Histoire ? » ; Francis Fukuyama ; Revue Commentaire N° 47 ; Automne 1989.

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