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SincéritéS

Prochaine crise alimentaire en Mauritanie : des milliers de morts en perspective !

9 Mai 2001 , Rédigé par Jean-Pierre Llabrés Publié dans #Aide Publique au Développement (APD) Économique

Une brutale vague de sécheresse peut détruire les récoltes. Elle peut aussi anéantir les troupeaux tout comme une épizootie. Dans les années 70, la Mauritanie, tout comme d'autres pays, a connu de très sévères sécheresses qui ont gravement mis à mal ses récoltes et ses troupeaux. La situation alimentaire de certaines couches de sa population est devenue dramatique. Mais, fort heureusement, il n'y a pas eu de décès massifs pour cause de famine. La solidarité internationale des pays riches a été mise en ouvre avant que la situation se détériore au point que leurs télévisions puissent affliger leurs populations, à l'heure du repas, du lamentable et dramatique spectacle d'êtres humains mourant de faim. L'aide alimentaire a sauvé des vies ! (1)

Scénario catastrophe

Ce scénario pourrait, hélas, se reproduire. Alors, vous verrez apparaître le titre ci-dessus en première page de la presse écrite et à l'ouverture des journaux télévisés. Votre gouvernement, anticipant votre mouvement spontané de solidarité et de générosité, mobilisera partie de vos impôts pour voler au secours des populations dont l'existence est en péril. Parallèlement, des organisations caritatives privées, ou supposées telles (2) , vous solliciteront pour renforcer et, surtout, corriger l'action des pouvoirs publics.

Mon propos donne à penser que je suis opposé au secours des populations victimes de famine. Je vous rassure : ce n'est qu'apparence. L'objet de ces lignes n'est pas de remettre en cause l'aide alimentaire que mérite tout être humain risquant de mourir de famine. Mais, en l'occurrence, s'agissant de la Mauritanie, il y a lieu de s'interroger sur la réelle nécessité qu'il y aurait à faire donner la solidarité internationale ou sur celle qu'il y eut à la mobiliser dans le passé.

En effet, avant que la solidarité internationale soit mobilisée, il est légitime d'examiner la volonté de solidarité nationale exprimée par les autorités mauritaniennes pour secourir les couches de sa population en situation de détresse alimentaire. De même, il est légitime d'apprécier les réels moyens et capacités dont dispose le pays pour faire face, par lui-même, à la crise alimentaire qu'il traverse. Etant mesurées une sincère volonté de mise en ouvre de la solidarité nationale, indissociable du concept d'indépendance nationale, ainsi qu'une insuffisance réelle des ressources nationales pour vaincre la crise alimentaire, la mobilisation de la solidarité internationale des pays riches irait sans conteste.

Solidarité nationale  ?

Or, aujourd'hui, deux questions se posent en Mauritanie. Les autorités mauritaniennes sont-elles prêtes à mobiliser la solidarité nationale avant de faire appel à la solidarité internationale ? Disposent-elles de ressources suffisantes pour faire face à une crise alimentaire aiguë  ?

À la première question il convient de répondre catégoriquement : non, les autorités mauritaniennes n'entendent pas mobiliser la solidarité nationale pour que le pays puisse faire face, par lui-même, à une crise alimentaire qui mettrait en péril la vie d'une partie de la population. Preuve en est donnée par les autorités mauritaniennes elles-mêmes.

Le Commissariat à la Sécurité Alimentaire, dont le nom décrit la finalité (3) et dont le responsable a rang de ministre, a publié, en mai 96, une « Lettre de Politique » qui affirme que « pour soulager la balance des paiements, les importations commerciales doivent être complétées par des apports d'aide alimentaire ».

Cette phrase sibylline demande quelque explication. Pour le lecteur non averti, l'aide alimentaire dont il est question pourrait être financée par les autorités mauritaniennes au titre de la solidarité nationale. Malheureusement, cette interprétation est erronée car un financement d'importations par les pouvoirs publics ne soulage en rien la balance des paiements : au même titre que les importations commerciales, réalisées par le secteur marchand, elles grèvent la balance des paiements car elles correspondent à la sortie de devises obtenues par les exportations.

En conséquence, l'aide alimentaire à laquelle les autorités mauritaniennes se réfèrent ne peut provenir que de la solidarité internationale car seule celle-ci a un effet favorable sur la balance des paiements en ce sens que les produits alimentaires, donnés aux autorités mauritaniennes, sont acquis dans les pays exportateurs grâce à des devises qui ne sortent pas de la Banque Centrale de Mauritanie mais des banques centrales des pays donateurs.

Il en résulte que l'appel exclusif à la solidarité des pays riches ne provient pas d'une maladresse de formulation. Cette dernière exclut la mobilisation de la solidarité nationale et ne prend en compte que la seule solidarité internationale que les autorités mauritaniennes considèrent à l'évidence comme un dû : « ...les importations commerciales doivent être complétées... ».

En résumé, les autorités mauritaniennes déclarent qu'elles ne veulent procéder à aucun effort de solidarité nationale et considèrent que la solidarité internationale doit s'exercer en leur faveur. En d'autres termes, plus crus, elles proclament : « Nous sommes pauvres : les riches doivent payer ». Les autorités mauritaniennes ont la mendicité exigeante : l'aumône imposée aux autres  !

Le lecteur peut me soupçonner d'avoir une interprétation trop orientée de la phrase citée précédemment. Il me faut donc indiquer qu'en août 98, dans le cadre d'une étude à réaliser ultérieurement, j'ai eu à rédiger un texte pour le Commissariat à la Sécurité Alimentaire. Ce texte contenait la phrase suivante : « Pour ce qui est de la demande insolvable (4), rurale et urbaine, l'étude s'attachera à la quantifier pour déterminer les besoins en secours d'urgence (5) à assurer par la solidarité nationale et/ou internationale ».

Le responsable du Commissariat à la Sécurité Alimentaire, ayant rang de ministre, je le rappelle, a lui-même modifié la fin de cette phrase : « ...besoins en secours d'urgence à assurer par le recours à l'aide alimentaire ». Clair ? Pas d'autre commentaire.

À la réflexion, si ; encore un, tout de même. Lorsque nos politiques et technocrates, nationaux et européens, ont connaissance de telles positions et, d'une part, ne tentent pas de ramener leurs auteurs à des conceptions plus rationnelles mais poursuivent le dialogue comme si de rien n'était puis, d'autre part, leur octroient des aides financières, on ne peut que s'interroger sur la réalité du bon usage de nos impôts (6). Et, si ce gaspillage n'est dû qu'à leur incompréhension de textes qu'ils connaissent, on ne peut qu'être épouvanté par la profondeur abyssale de leur incompétence.

À leur décharge, il convient de préciser que nous élisons nos (responsables ?) politiques et les payons de nos impôts. Et nous les chargeons d'orienter l'action des technocrates. Les politiques constituent le miroir du corps électoral qui, trop souvent, oublie qu'il est également contribuable. Méditons, mes très chers frères...

 Pauvreté mauritanienne ?

À ce stade, le lecteur peut se dire : « En réalité, il importe peu que les autorités mauritaniennes ne veuillent pas procéder à un effort de solidarité nationale puisque, de toute manière, quand bien même le voudraient-elles, le pays est trop pauvre pour disposer par lui-même des ressources nécessaires pour affronter victorieusement une crise alimentaire majeure ». Ceci reste à voir.

S'il est certain qu'une grande partie de la population mauritanienne est pauvre, à des degrés divers, la pauvreté globale de la Mauritanie reste à démontrer. Certes, annuellement, le produit national brut par habitant (PNB/h) n'est que de 500 Euros (7) & (8) et, si l'on peut légitimement regretter qu'il soit si faible, on peut, tout aussi légitimement, se demander pourquoi il ne s'est pas hissé plus haut. La pauvreté globale du pays constitue un facteur explicatif teinté d'un fatalisme bien (trop) commode.

La Mauritanie dispose de deux atouts économiques non négligeables que d'autres pays, moins bien lotis, doivent lui envier : sa zone maritime d'intérêt économique et ses mines (fer, essentiellement). Il convient également de préciser immédiatement que l'État retire des profits directs de l'exploitation de ces ressources (9) qui font partie du patrimoine national qu'il gère au nom du peuple mauritanien lequel en est le légitime propriétaire. En conséquence, les fruits de l'exploitation de ce patrimoine national devraient profiter directement à l'ensemble de la population mauritanienne et, plus particulièrement, à ses couches les plus défavorisées au titre de la solidarité nationale.

En 1996, les exportations de produits de la pêche ont rapporté près de 160 millions d'Euros, payés en diverses devises fortes (ECU (10) , FF, DM, Yen, $ US, etc.), et celles de fer près de 120 millions d'Euros. Ensemble, ces produits constituent 99,6 % des exportations mauritaniennes.

Ces ressources en devises fortes garantissent la sécurité alimentaire globale du pays car les importations alimentaires, si elles représentent bien 50 % de la consommation alimentaire annuelle (11), n'atteignent pas 65 millions d'Euros. En fait, à elles seules, les exportations de produits de la pêche représentent près de deux fois et demie le montant des importations alimentaires. De plus, la balance commerciale mauritanienne est toujours excédentaire, de 5 %, environ, et, en conséquence, le pays dispose des devises fortes nécessaires pour procéder à des achats alimentaires internationaux.

Dispose ou, plutôt, « disposerait » si la disponibilité en devises n'était pas compromise par la balance des paiements qui est nettement déficitaire : près de 93 millions d'Euros, en 1996. Cette déplorable situation est due au poids de la dette extérieure dont le service mobilise une grande part des ressources en devises du pays.

En valeur absolue, l'encours de la dette s'élève à 2,2 milliards d'Euros (12) lesquels représentent 200 % du PNB annuel. En clair : si cette dette était exigible, immédiatement et en totalité, l'intégralité de la richesse produite par le pays serait consacrée à ce remboursement pendant deux ans  !

En valeur relative de la dette par rapport au PNB annuel, la Mauritanie se trouve au 9ème rang des pays les plus endettés du monde ! Elle n'est précédée que par le Nicaragua (750 %), le Mozambique (387 %), la Tanzanie (298 %), la Guinée Bissau (288 %), la Côte d'Ivoire (228 %), le Congo (13) (222 %), la Sierra Leone (206 %) et la Zambie (201 %).

Ces chiffres sont à rapprocher de ceux relatifs au champion mondial de l'endettement en valeur absolue qu'est le Brésil dont l'encours de la dette s'élève à 132 milliards d'Euros mais dont le rapport de la dette au PNB annuel n'est que de 29 % (14).

À lire ces chiffres, il n'y a pas lieu de s'étonner des difficultés alimentaires affichées par les autorités mauritaniennes. Mais arrêter l'analyse à ce niveau serait un peu court. On est en droit de se demander pourquoi un tel degré d'endettement a été atteint. Réponse : pour développer l'économie du pays.

Compte tenu du faible retour sur investissement que l'on constate par le fait que l'excédent de la balance commerciale ne s'est pas accru de manière telle qu'il permette d'honorer les obligations liées aux emprunts, on ne peut que conclure que les investissements réalisés avec les sommes empruntées n'ont pas été judicieux. La rentabilité des projets choisis n'était pas suffisante. La situation relève donc bien de la seule responsabilité des autorités mauritaniennes.

Honnêteté ? Compétence  ?

Cependant, il est certain que cette situation a été aggravée par l'incompétence et la malhonnêteté.

Malheureusement, bien que tous les bailleurs de fonds sachent, pour en avoir fait les frais, que les détournements de fonds sont légion en Mauritanie depuis des dizaines d'années, il n'existe pas de document faisant la récapitulation et la synthèse de toutes ces malversations. À titre d'exemple, il est possible d'indiquer le Commissariat à la Sécurité Alimentaire, déjà cité, comme un grand prédateur ; parmi beaucoup d'autres. Cet organisme, avec beaucoup de persévérance, s'est forgé une réputation incontestée (15) de malhonnêteté. Nul ne sait aujourd'hui le montant des sommes qu'il a volé aux bailleurs de fonds lesquels, par on ne sait quel mystère, continuent de coopérer avec lui.

Quant à l'incompétence, elle règne en maître à tous les niveaux. Je n'en fournirai qu'un exemple significatif. Au titre des accords de stabilisation des exportations des produits de la pêche (STABEX) signés entre la Mauritanie et la Commission Européenne, la première peut bénéficier de fonds compensatoires des perturbations du marché lorsque de telles perturbations se produisent et affectent les ressources mauritaniennes en ce domaine. En 1997, les autorités mauritaniennes pouvaient bénéficier de 14 millions d'Euros de fonds STABEX. Or, le ministère mauritanien de la pêche, responsable en cette affaire, a dépassé de 4 jours la date limite de dépôt de dossier fixée par la Commission Européenne, se privant ainsi d'une manne dont le pays est supposé avoir un besoin impérieux.

Certes, on peut stigmatiser le mauvais goût de la Commission Européenne qui a eu l'inélégance de fixer une date limite à la recevabilité de la demande mauritanienne. Mais on doit surtout mettre en exergue l'incompétence mauritanienne en la matière.

De plus, il convient de souligner que des fonds STABEX, acquis au cours des années précédentes, n'ont toujours pas été utilisés par les autorités mauritaniennes en raison de leur incapacité à bâtir des projets éligibles à l'utilisation de ces fonds...

Par ailleurs, il faut également indiquer une ressource financière importante qui n'a pas été mentionnée jusqu'à présent : l'Aide Publique au Développement (APD). Au cours des 7 dernières années, la Mauritanie a reçu une moyenne annuelle de 225 millions d'Euros payés par les impôts des citoyens-électeurs-contribuables des pays riches. Cela représente 102 Euros par habitant et place la Mauritanie au 5ème rang mondial des pays bénéficiaires d'APD. Elle n'est devancée que par : Israël (278 Euros/Habitant), Jordanie (128), Guinée Bissau (111) et Gabon (109). Qu'ont fait les autorités Mauritaniennes de ces fonds extorqués aux pays riches ?...

Alors, que penser de la mendicité exigeante affichée par les autorités mauritaniennes ? Qu'elle est payante puisque, fin 1999, la Mauritanie a obtenu une réduction de sa dette.

Larmes de crocodile

Il existe des gens très pauvres en Mauritanie. Des êtres humains qui, de manière permanente, ne disposent pas de revenus autres que la mendicité pour acheter leur maigre pitance. De plus, ce cortège de misère peut toujours s'accroître du flot de ceux qui, pour cause de catastrophe naturelle (sécheresse, épizootie), peuvent perdre le revenu de leur travail, agricole ou pastoral, ou, pire, leur outil de production (terre, troupeau) et se trouver sans ressources financières pour acquérir leur nourriture.

Les personnes se trouvant dans cette situation doivent être secourues. Mais, vous savez maintenant que les autorités mauritaniennes n'entendent pas anticiper ce type de crise par une mobilisation de la solidarité nationale. Pour elles, si une crise alimentaire ou sanitaire survient, la solidarité internationale doit en payer le coût.

Ce jour-là, l'urgence de l'horreur obligera les pays riches à secourir la détresse sans atermoiement. Mais, avant que ce jour n'arrive, il ne sert à rien de verser des larmes de crocodile sur le malheur du monde : il faut regarder la réalité en face. Les autorités mauritaniennes doivent être contraintes de se confronter à leur réalité quitte à encourir la colère de leur population pendant que celle-ci est en mesure de s'exprimer.

Certes, il existe un risque de déstabilisation des autorités mauritaniennes si leur opinion est sensibilisée à la véritable situation dans laquelle se trouve le peuple mauritanien en raison de l'incurie de ses dirigeants. Mais, à ne rien faire, nous ne ferons que pérenniser ladite situation au terme de laquelle, lorsque surviendra une crise majeure, le peuple mauritanien exsangue ne sera pas en mesure d'exiger des comptes des autorités responsables d'imprévoyance.

Le devoir d'assistance humanitaire, alimentaire et sanitaire, n'est pas en cause ni remis en question. Mais, avant que la situation exige de le mettre en ouvre, nous devons contraindre les autorités mauritaniennes à accepter de faire un conséquent effort de solidarité nationale. Convaincus de leur sincérité, nous pourrions même les aider dans leur effort afin de ne pas provoquer leur déstabilisation qui, au bout du compte et comme toujours, ne serait réellement néfaste que pour les populations.

Nous devons contraindre nos politiques nationaux, ainsi que nos technocrates nationaux et européens, à contraindre les autorités mauritaniennes à réaliser cet effort. Ce faisant, leur effort pourra être renforcé par la solidarité internationale sans que quiconque y trouve à redire.

Enfin, je dois préciser que, dans cet article, la Mauritanie n'occupe le devant de la scène que pour des raisons de circonstance. Bien d'autres pays se trouvent dans une situation similaire. Il y aurait donc lieu d'examiner la situation de chacun d'eux au cas par cas. À l'issue de cet examen, notre aide n'en sera certainement que plus judicieusement octroyée. Et d'autant plus efficace.

Notes

1. Tout comme l'aide sanitaire peut sauver des vies en cas d'épidémie. Aides alimentaire et sanitaire faisant toutes deux partie de l'aide humanitaire.

2. Certaines ONG, organisations non gouvernementales (en réalité : associations privées à but non lucratif du type « Loi de 1901 »), qui, paradoxalement, ne résistent pas à la tentation de quémander des fonds publics tout en revendiquant leur indépendance de toute organisation gouvernementale nationale, ou internationale, pour faciliter leur collecte de fonds privés. Merveilleux double langage « marketing »...

3. Tandis que son action la décrie...

4. Population ne disposant pas d'argent pour acheter sa nourriture.

5. Aliments distribués gratuitement.

6. Dans le contexte, leur attitude revient, de facto, à autoriser la Mauritanie à prélever un impôt quasi direct sur les contribuables européens.

7. France : 22.490 ; Union Européenne : 19.900

8. 500 Euros = 120.000 Ouguiyas, monnaie mauritanienne qui n'est recherchée pour aucune transaction internationale.

9. L'État est actionnaire majoritaire (78 %) de la Société Nationale des Industries Minières (SNIM). Par ailleurs, il est seul habilité à percevoir des redevances diverses et variées dans le cadre des activités liées à la pêche.

10. Notre Euro d'aujourd'hui.

11. Alimentation achetée et payée par la population solvable.

12. Ce qui place la Mauritanie au 66ème rang mondial de l'endettement en valeur absolue.

13. Brazzaville.

14. Suivent : Mexique (118 milliards d'Euros ; 36 %), Inde (92 ; 34 %), Indonésie (89 ; 65 %), Chine (84 ; 15 %), Russie (83 ; 24 %), Argentine (74 ; 30 %), etc.

15. Sauf par lui, bien évidemment.

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