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SincéritéS

Une aide injuste. [Le Monde, 4 avril 1989]

16 Novembre 2005 , Rédigé par Jean-Pierre Llabrés Publié dans #Aide Publique au Développement (APD) Économique

Faut-il augmenter l’aide au développement ? Avant de décider, il est nécessaire de savoir que l’aide n’est pas équitablement répartie. Parmi les pays les plus pauvres ou les plus endettés, selon des critères inconnus, il en est qui sont sous-aidés et d’autres sur-aidés...

On pourrait penser que ces disparités, entres pays pauvres, s’expliquent par le fait qu’ils sont dirigés par des gouvernements démocratiques ou dictatoriaux. Il n’en est rien : des démocraties sont sous-aidées et des dictatures sont sur-aidées !

Il est périodiquement question d’accroître l’aide publique au développement (APD) accordée par les pays membres de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique). Peut être serait il opportun de se demander, au préalable, si cette aide est équitablement répartie entre les bénéficiaires du tiers monde, c’est-à-dire à proportion de leur degré de pauvreté.

À cette fin, il est possible d’en dresser les excès et les insuffisances en fonction d’une norme de référence, à savoir un revenu de par habitant de 4.500 dollars (correspondant au revenu moyen mondial, Chine et Inde exclues). De la comparaison avec les chiffres actuels, il résulte que certains pays sont sur-aidés et que d’autres sont sous-aidés (cf. tableau ci dessous).

Ainsi, sur la base de calculs portant sur la période 1978-1984, mais le constat n’a pas changé depuis, la Colombie apparaît sous-aidée, l’aide publique étant près de quatre fois inférieure à ce qu’elle devrait être. En revanche, la Zambie est sur-aidée, l’aide étant plus de deux fois supérieure à ce qu’elle devrait être. Globalement, parmi la centaine de pays qui reçoivent une aide, une cinquantaine (400 millions d’habitants) sont trop aidés et 25 (1,1 milliard d’habitants) ne le sont pas assez.

Une telle disparité ne serait pas injuste si la première catégorie comptait les pays les plus pauvres, ce qui n’est pas le cas. Ainsi, le Bangladesh, une des nations les plus déshéritées, ne reçoit pas ce qui devrait lui revenir tandis qu’à l’inverse Israël, qui dispose d’un revenu certain, est le champion du monde des sur-aidés. La Jordanie (1.500 dollars de revenu par habitant) obtient une aide dix-huit fois supérieure à celle qui devrait être la sienne alors que le Chili (1.300 dollars) arrive au deuxième rang des sous-aidés ; après la Yougoslavie.

La répartition de l’aide est donc injuste puisqu’elle ne se justifie pas par le critère de la pauvreté. Correspond-elle alors au niveau de l’endettement ? Non, car les pays les plus endettés en valeur absolue sont sous-aidés. De plus, même si l’aide paraît davantage liée à l’endettement relatif, elle ne diminue pas en fonction de ce dernier.

Dès lors, l’APD serait-elle une prime à la démocratie ? Non, car il existe des démocraties sous-aidées et des pays non démocratiques sur-aidés. En outre, il n’est guère fait de différence entre démocraties et pays non démocratiques dans le groupe des sur-aidés. Enfin, dans le groupe des sous-aidés, les démocraties apparaissent plus désavantagées que les pays non démocratiques.

En fait, la répartition de l’aide publique au développement suit la réalité des relations internationales avec ce qu’une telle sujétion implique de pragmatisme et de compromis. Ainsi, pour des raisons stratégiques, le Honduras, le Costa Rica, l’Égypte et la Syrie sont-ils sur-aidés. Mais, pourquoi le Sri Lanka et la Malaisie le sont-ils également alors que le Pakistan et l’Indonésie sont sous-aidés ? De même, pourquoi de nombreux pays africains sont-ils sur-aidés, et non le Nigéria, le Zaïre et l’Ouganda ?

Il faut donc corriger l’injustice de cette répartition. Cela nécessite de déplacer quelques milliards de dollars des pays sur-aidés vers les pays sous-aidés. Cette correction dépend de la volonté des pays industrialisés qui financent l’aide publique au développement. Fondée sur un critère économique, elle peut toutefois être tempérée de considérations politiques, stratégiques, ou autres, à définir.

Une telle restructuration, même étalée dans le temps, devrait être un stimulant aux réformes et à la rigueur de gestion pour les uns comme pour les autres. Il serait alors possible de conjuguer la logique de la générosité et celle de la géopolitique.

Post-Scriptum

20 ans plus tard, rien n’a changé...

 

Pays Population APD actuelle (I) APD théorique (II) Ratio (I)/(II) Sur-aide Sous-aide
   Millions Millions $ Millions $      
 48 367,1 12.008  5.187 2,32 + 132 %  
 25 1.007,5  5.707 13.963 0,41   - 59 %

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