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SincéritéS

Pour l’indépendance géostratégique de l’Europe !

21 Avril 2004 , Rédigé par Jean-Pierre Llabrés Publié dans #Géostratégie

Le désaccord survenu entre les USA et quelques pays européens, dont la France et l’Allemagne, à propos de l’engagement de la guerre en Iraq masque une opposition beaucoup plus profonde et fondamentale entre ces alliés. Les USA, seule hyper-puissance mondiale, entend préserver son leadership. Une partie de l’Europe souhaite être en mesure de contrebalancer cette hyper-puissance. Elle n’y parviendra qu’en faisant preuve de détermination politique et de sa capacité à en assumer tous les coûts.

1. USA : égocentrisme & unilatéralisme

1.1. Pré‑texte

De nos jours, les crises iraqiennes, en 1991 comme en 2003, n’ont aucunement mis en danger la paix mondiale, n’en déplaise aux « pacifistes » et aux « belles âmes ».

Cependant, elles soulignent le danger que représente l’hyper‑puissance des USA quand elle n’est pas contrebalancée par des entités à sa mesure comme pourraient l’être la Russie et l’Europe, si elles en avaient la détermination.

1.2. Enjeu iraqien

1.2.1. Approvisionnement pétrolier

Les économies mondiales ont toutes un besoin vital que le pétrole soit disponible en tout lieu et en tout moment dans le cadre de la diversification des approvisionnements et, partant, de celle des fournisseurs, afin de se trouver relativement à l’abri de tout risque d’embargo.

Le Moyen‑Orient recèle la majorité des ressources et des réserves pétrolières mondiales et, en conséquence, fait l’objet de toutes les attentions. Depuis que les USA se sont substitués à la Grande‑Bretagne et à la France dans cette région, après la fin de la seconde guerre mondiale, ils se sont attachés, avec plus ou moins de succès, à y assurer la libre circulation du pétrole en provenance d’Arabie Saoudite, d’Iran, d’Iraq, etc.

L’Iran a basculé dans le régime des mollahs. L’Iraq, après avoir vainement combattu l’Iran, s’est attaqué au Koweït. Enfin, à l’occasion de la guerre contre les Talibans, en Afghanistan, il est devenu impossible aux USA d’ignorer que l’Arabie Saoudite ne constituait pas l’allié aussi sûr et inconditionnel qu’ils s’efforçaient d’y voir.

Au total, cependant, il importe peu aux pays consommateurs que l’approvisionnement pétrolier soit assuré par des régimes démocratiques, soucieux du bien‑être de leurs populations, ou par des régimes dictatoriaux pour autant que l’approvisionnement soit assuré. Un approvisionnement « dictatorial » n’est pas rédhibitoire. Un approvisionnement « démocratique » constitue une satisfaction morale.

1.2.2. Première guerre du Golfe

Durant l’invasion du Koweït par l’Iraq de Saddam Hussein, les USA de Bush père obtinrent le leadership de la très large coalition [1] destinée à libérer le Koweït. Il est certain qu’à ce moment‑là, les USA étaient en mesure d’obtenir une résolution de l’ONU permettant à la coalition de prolonger son action jusqu’à Bagdad et de détruire le pouvoir de Saddam Hussein.

Or, en raison de savants et subtils calculs géostratégiques, certainement hors de portée du commun, tels que la difficulté d’installer un pouvoir démocratique stable à Bagdad, le risque qu’un trop grand affaiblissement de l’Iraq ne favorise des visées expansionniste de l’Iran, etc. ..., Bush père renonça à se débarrasser de l’encombrant et sanglant dictateur.

Cependant, il ne manqua pas d’inviter les Chiites et les Kurdes iraqiens à se révolter contre leur oppresseur. Ils le firent en espérant l’aide de la coalition menée par les USA. En vain : ils se firent massacrer par centaines de milliers par Saddam Hussein. Aujourd’hui, on ne peut que regretter l’inachèvement de cette première Guerre du Golfe qui aurait pu, et dû, demeurer unique.

1.2.3. « Opportuns » [2] attentats du 11 septembre 2001

Lorsque les USA furent victimes des attentats contre le World Trade Center, à New‑York, le Pentagone, à Washington, et une centrale nucléaire à Pittsburgh [3], réalisés par les terroristes de Ben Laden basés en Afghanistan, pays dirigé par un gouvernement totalitaire, il y eut un large consensus pour approuver et appuyer l’action militaire des USA visant à faire tomber le régime totalitaire des Talibans et détruire les bases d’entraînement terroriste qu’il abritait.

Mais, lorsque Bush fils, saisissant cette tragique opportunité, décida que Saddam Hussein, à qui l’on peut reprocher suffisamment d’autres crimes pour le condamner sans qu’il soit utile d’y ajouter ceux‑là, était impliqué dans lesdits attentats et que, de plus, il détenait des armes de destruction massive, les USA ne rencontrèrent pas le même assentiment que celui qu’ils avaient obtenu dans le cas de l’Afghanistan.

1.3. Logique interventionniste des USA

Après les attentats, les USA purent s’appuyer sur la composante saoudienne du terrorisme pour mettre en garde l’Arabie Saoudite, d’une part, et tenter de s’assurer le contrôle plus ou moins direct des ressources pétrolières de l’Iraq, ainsi que de ses réserves, d’autre part.

Saddam Hussein étant toujours en place et supposé détenir des armes de destruction massive, il constituait un excellent prétexte pour organiser une coalition internationale, sous l’égide de l’ONU, officiellement destinée à le renverser et apporter la démocratie au peuple iraqien.

Il importe peu que Bush fils ait été sincère ou non en évoquant le combat du bien contre le mal, voire en se réclamant d’un certain messianisme. Cet habillage supplémentaire, en sus de l’instauration de la démocratie en Iraq, ne changeait rien à la réalité stratégique en matière d’approvisionnement pétrolier.

Dans leur logique, les USA souhaitaient intervenir aussi rapidement que possible en Iraq. Or, c’est leur volonté d’intervention rapide qui a permis à plusieurs de leurs alliés ou sympathisants, tels l’Allemagne, la France et la Russie, de ne pas les suivre précipitamment.

En effet, à mesure que passait le temps, plus il semblait que les inspecteurs de l’ONU ne parviendraient pas à prouver que Saddam Hussein détenait réellement des armes de destruction massive [4]. Il est plus que probable qu’il n’en détenait pas [5]. On en voudra pour preuve le forcing fait par les USA afin d’en démontrer l’existence ; notamment, la pathétique « démonstration » de Colin Powell devant l’ONU. Cette précipitation tend à corroborer la thèse selon laquelle les USA savaient pertinemment que ces armes de destruction massive n’existaient pas.

En effet, à supposer qu’elles aient réellement existé, les USA auraient eu intérêt à prendre patience et attendre que les inspecteurs de l’ONU en apportent la preuve, voire que Saddam Hussein commette l’erreur de s’en servir (preuve suprême s’il en est !). Dans ce cas, les alliés réticents eussent été contraints de respecter leur propre engagement devant l’ONU qui prévoyait une intervention militaire contre Saddam Hussein, dans le cadre d’une coalition, conduite par les USA, sous l’égide des Nations Unies, dans l’hypothèse où Saddam Hussein se refuserait à détruire lesdites armes de destruction massive.

Or, d’une part, à supposer que ces armes fussent bien réelles, les USA ne souhaitaient pas qu’il soit accordé à Saddam Hussein la possibilité de les détruire, sans autre pénalité, car cela les privait de leur prétexte à intervention en Iraq laquelle constituait leur objectif premier. D’autre part, hors l’existence de ces armes, disparaissait tout réel prétexte propre à convaincre les alliés réticents d’intervenir aux côtés des USA.

Dans ces conditions, les USA ont dû savoir rapidement qu’ils ne parviendraient pas à obtenir une résolution de l’ONU leur permettant de conduire une coalition militaire contre Saddam Hussein que ce fut pour réaliser les objectifs annoncés (faire chuter Saddam Hussein, détruire les armes de destruction massive et instaurer la démocratie en Iraq) ou masqués (contrôler le pétrole iraqien et faire pression sur l’Arabie Saoudite).

Dans cette logique, ils décidèrent d’agir unilatéralement, hors du cadre de l’ONU, accompagnés de la Grande‑Bretagne et de quelques autres alliés.

2. Logique des non‑interventionnistes

2.1. Communauté d’intérêt avec les USA

Parmi les pays les moins disposés à une intervention en Iraq, l’Allemagne et la France, sinon la Russie, partagent avec les USA un objectif prioritaire d’approvisionnement pétrolier sans problème.

Dans cette perspective, dans la mesure où Saddam Hussein aurait réellement détenu des armes de destruction massive et se serait refusé à les détruire, ce qui aurait représenté un réel danger pour la région, voire au‑delà, ces pays ne pouvaient faire moins que de s’associer aux USA pour intervenir militairement en Iraq.

2.2. Limites à la communauté d’intérêt

Mais, hors de ces conditions, et connaissant les arrière‑pensées des USA qui, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, se sont érigés en tuteurs du Moyen‑Orient pour ses richesses pétrolières, ces pays n’avaient aucun intérêt à s’engager militairement aux côtés des USA.

En premier lieu, si les USA décidaient d’une intervention militaire en Iraq, dans une perspective de contrôle des ressources et réserves pétrolières iraqiennes, cela ne serait que positif pour l’approvisionnement pétrolier mondial.

En second lieu, outre les pertes humaines inhérentes à un conflit armé, il était certain qu’une intervention en Iraq altérerait l’image des intervenants au sein du monde arabo‑musulman, gouvernements et populations confondus.

Or, l’Allemagne et la France ainsi que la Russie, dans une moindre mesure, doivent se soucier des fortes minorités arabes et/ou musulmanes qui vivent sur leur sol. En conséquence, en l’absence d’une réelle menace militaro‑terroriste de Saddam Hussein, il leur aurait été difficile de justifier leur engagement militaire en Iraq.

Donc, dans la mesure où les USA se chargeaient d’intervenir unilatéralement en Iraq, de sécuriser l’approvisionnement pétrolier de tous et acceptaient de détériorer plus avant leur image dans le monde arabo‑musulman, le non‑interventionnisme s’avérait tout bénéfice, quitte à tout faire [6] pour inciter les USA à une action unilatérale.

3. Contrepoids aux USA

Durant la Guerre Froide, une paix « mondiale » globale relative fut assurée du fait de l’impossibilité, de facto, pour les grandes puissances et, surtout, pour les deux super‑grands, USA et URSS, de se confronter directement sous peine d’une mutuelle destruction assurée en raison du risque d’escalade et de déclenchement du feu nucléaire.

Néanmoins, la paix ne fut jamais intégrale car le conflit idéologique Est‑Ouest pouvait se greffer sur des conflits locaux ou régionaux, voire provoquer lesdits conflits pour autant qu’ils ne débouchaient pas sur une confrontation directe entre les USA et l’URSS. Parmi ces conflits locaux, la Guerre du Vietnam en est certainement la plus représentative.

La Guerre Froide aurait pu continuer interminablement si Gorbatchev n’était apparu et n’avait initié le déclin de l’URSS dont la disparition définitive intervint en décembre 1991.

Depuis cette date, les USA sont devenus une hyper‑puissance mondiale sans aucune autre comparable pour lui faire contrepoids.

4. Guerre illégale

4.1. Principe

Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la guerre (offensive [7]) a été considérée illégale ; avec, durant la Guerre Froide, les notoires exceptions que l’on sait.

Aujourd’hui, et depuis la disparition de l’URSS, le principe de la « guerre illégale » est respecté, quasiment unanimement, ainsi que l’ont illustré, par exemple, les conflits au Koweït, en Bosnie et au Kosovo. Les agresseurs, l’Iraq, pour le premier, et la Serbie, pour les deux autres, ont été vaincus par des coalitions internationales légitimées par l’ONU et son Conseil de Sécurité.

Durant l’invasion du Koweït par l’Iraq de Saddam Hussein, les USA de Bush père obtinrent le leadership de la coalition destinée à libérer le Koweït.

Par ailleurs, il convient de souligner que, dans les conflits provoqués par la Serbie, en Bosnie puis au Kosovo, les USA furent partie prenante, dans la légalité de l’ONU, et intervinrent dans les Balkans, via l’OTAN, pour renforcer les Européens qui étaient impuissants à ramener à la raison la Serbie de Milosevic et de ses prédécesseurs.

4.2. Exception américaine

Ainsi qu’il a été déjà dit, personne ne fut capable de contraindre les USA à se maintenir dans le cadre de l’ONU pour résoudre le cas de Saddam Hussein.

Ce faisant, les USA ont créé un précédent éminemment dangereux. En effet, les USA constituent la première puissance militaire sur le globe qu’apparemment aucune autre puissance, alliée ou non, ne parvient à raisonner.

Ainsi, le plus éminent membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU peut être tenté, à tout instant, de se lancer dans des aventures militaires unilatérales chaque fois qu’il jugera que ses intérêts, rationnels ou irrationnels, légitimes ou illégitimes, ne seront pas partagés par la communauté internationale.

Si les USA veulent sincèrement s’ériger en moralistes de l’ordre international et entamer un combat mondial pour la généralisation de la démocratie, une tâche monumentale se présente devant eux et, dans ce cas, ils ne sauront convaincre de leur sincérité qu’en demeurant au sein de l’ONU et en acceptant que les résolutions « anti‑dictatoriales » frappent tous les contrevenants d’égale manière.

Faute de demeurer constamment dans le sein de l’ONU, les USA seront toujours soupçonnés de mener des campagnes de « démocratisation » taillées sur mesure afin de correspondre à leurs intérêts particuliers. C’est ce qu’ils viennent de faire en Iraq dans le but de prendre le contrôle du pétrole iraqien, montrer à leur trouble allié saoudien de quoi ils sont capables ainsi qu’à la Syrie, l’Iran et à tout opposant potentiel aux USA.

5. En finir avec l’exception américaine ?

5.1. « Exemplarité » relative de la crise iraqienne

Par leur attitude en Iraq, les USA ont provoqué une situation particulièrement originale et inquiétante.

En effet, la crise iraqienne a conduit deux membres permanents du Conseil de Sécurité, la France et la Russie, à envisager de faire usage de leur droit de veto contre une éventuelle résolution des USA qui aurait automatiquement entraîné le déclenchement d’un conflit contre l’Iraq.

Malgré, ou en raison de cette menace de veto, les USA ont unilatéralement décidé de ne plus se maintenir dans le cadre de l’ONU et de mener leur propre guerre en Iraq. Il est donc clair qu’une menace de veto, voire un veto effectif, est incapable d’empêcher un pays comme les USA à renoncer à une action unilatérale. Pourquoi ?

Ici, il convient de préciser que l’Iraq ne constitue pas un intérêt vital pour la France ou pour la Russie.

Néanmoins, le caractère exemplaire de cette crise conduit à se poser la question de savoir comment des pays, tels que la France et la Russie, pourraient ou devraient se comporter afin d’interdire aux USA de poursuivre leur action unilatérale s’il advenait qu’un jour ils soient en situation de menacer des intérêts que la France ou la Russie [8] jugeraient vitaux pour elles‑mêmes.

5.2. Condition d’efficience du Veto

Le Conseil de Sécurité de l’ONU vote des résolutions relatives à tout problème se posant entre les pays membres de l’organisation.

Cependant, ces résolutions ne sont exécutoires que dans la mesure où le Conseil les assortit de conditions d’application susceptibles d’être mises en œuvre par un ou des pays membres de l’organisation ; « manu militari », éventuellement.

En l’absence de ces mesures contraignantes, une résolution n’est pas nécessairement appliquée et peut rester lettre morte pendant des années sans autre dommage majeur que la désapprobation du pays qui se refuse à l’appliquer.

Par ailleurs, le veto exprimé par un des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU contre une résolution relative à un pays membre de l’organisation, à un membre ordinaire du Conseil de Sécurité ou, encore, à un des cinq membres permanents, interdit tout simplement l’adoption de ladite résolution.

Cela n’empêche en rien le pays visé par ladite résolution d’agir plus ou moins comme bon lui semble puisqu’il est assuré de la « protection » relative du membre permanent qui l’a fait bénéficier de son droit de veto.

Il en va de même si le pays visé par le veto d’un des cinq membres permanents fait lui‑même partie de ce groupe. Rien ne l’empêche de se livrer à une action unilatérale, hors du cadre de l’ONU.

C’est ce que firent les USA en Iraq en dépit de la menace de veto de la France et de la Russie [9]. Cela leur fut possible car l’opposition franco‑russe n’allait pas au‑delà de la désapprobation, la crise iraqienne ne menaçant pas leurs intérêts vitaux.

Il en irait très différemment si les USA se trouvaient en situation de menacer les intérêts vitaux d’un des quatre autres membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, voire de l’un des alliés de ces membres permanents. Dans un tel cas de figure, la dissuasion prendrait immédiatement le pas sur la menace de veto ou sur le veto lui‑même.

Il apparaît donc que, tant que les USA ne menaceront pas les intérêts vitaux des autres membres permanents du Conseil de Sécurité, ils ne s’exposeront qu’à la menace de veto, ou au veto effectif, sans que cela n’entrave leur volonté et leur capacité d’action unilatérale. On peut donc s’attendre à la continuation de l’unilatéralisme des USA.

Ils ne seront contraints de renoncer à cette attitude que s’ils viennent à menacer les intérêts vitaux des autres membres permanents du Conseil de Sécurité qui leur vaudrait que la menace de veto, ou le veto effectif, ne serait que le corollaire de la logique de dissuasion qui s’est installée, il y a un peu plus d’un demi‑siècle, depuis l’émergence des armes nucléaires et de leurs vecteurs intercontinentaux.

6. Pour l’indépendance géostratégique de l’Europe !

6.1. La paix en Europe

L’Europe se gargarise d’être en paix depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Elle attribue cette paix durable aux vertus du Marché Commun puis de l’Union Européenne.

Certes, il y a eu la réconciliation franco-allemande. Mais, en réalité, dès la fin de la seconde guerre mondiale, la Guerre Froide s’est installée entre les USA et l’URSS qui se sont affrontés [10] sur le sol européen jusqu’à la disparition de l’URSS, en 1991.

Dans ce contexte, aucun pays européen, sous la "protection" militaro-nucléaire des USA et de l’URSS, n’aurait été en mesure d’entrer en guerre contre quiconque durant cette période.

Sauf la France du général de Gaulle, aucun pays européen n’a procédé à un effort militaire significatif [11] depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Il en résulte qu’aujourd’hui, l’Union Européenne est un géant économique et un nain politique par manque de conviction politique et faute de disposer des instruments de puissance propres à la crédibiliser géostratégiquement.

6.2. Le défi américain...

Si l’aventurisme égocentrique américain continue de s’affirmer, il deviendra extrêmement urgent qu’émerge une puissance capable de maintenir les USA dans le cadre de l’ONU.

Dans ce but, il conviendra que l’Europe [12] accepte, dans un premier temps, d’envisager de quitter l’OTAN, qui la rend trop dépendante des USA [13], et de se concerter plus intensément avec la Russie, voire également avec la Chine, tous deux membres permanents du Conseil de Sécurité, pour être en mesure de contrebalancer la puissance américaine.

Dans un second temps, l’Europe devra enfin décider d’accélérer son intégration politique, diplomatique et militaire afin de s’affranchir aussi bien des USA que de la Russie ou de toute autre puissance.

En réalité, ces deux mouvements devront se réaliser progressivement, aussi vite que possible, et, mieux, simultanément.

Cependant, il convient de ne pas se voiler la face ni de refuser de voir que, si les USA maintiennent leur comportement unilatéral actuel, il est inéluctable qu’il adviendra un jour où il faudra leur opposer un veto au Conseil de Sécurité et, pour les contraindre à y rester, ce veto devra être impérativement assorti d’un ultimatum nucléaire en cas d’initiative (militaire) unilatérale des USA.

Faute de se résoudre à accepter cette inéluctabilité et à en assumer les risques, toutes les autres puissances mondiales ne pourront que se résigner à regarder, impuissants, les USA se livrer à leurs manœuvres unilatérales.

Les armes stratégiques nucléaires sont si destructrices, et dissuasives, qu’il n’existe aucune raison de se priver, par lâcheté, de la menace de s’en servir lorsque des intérêts vitaux sont en jeu. Sinon le droit de « veto simple » ne servira qu’à permettre à une hyper‑puissance, telle que les USA, de refuser les résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU tandis qu’un « veto nucléaire » le contraindra à accepter lesdites résolutions ainsi qu’à demeurer dans le cadre de l’ONU.

En conséquence, il est impératif que Notre Europe devienne, à son tour, une hyper‑puissance politique, diplomatique et militaire (nucléaire inclus). Bien évidemment, l’Europe devra déterminer [14] le contour de ses « intérêts vitaux », en tenant compte de ses valeurs ainsi que de la réalité géostratégique mondiale, et montrer une farouche détermination à les faire respecter par quiconque.

Indépendamment du fait que les USA reviennent ou non à la modération et au respect de la communauté internationale, cela devrait constituer notre actualité immédiate et notre Histoire prochaine.

6.3. La croisée des chemins

Constatant la ligne de fracture existant entre les Gouvernements inconditionnels des USA et ceux qui voudraient en être totalement indépendants, il est clair que, si l’Union Européenne veut réellement « peser sur les affaires du monde », USA inclus, il est d’extrême urgence de vider cet abcès ; définitivement.

Pour y parvenir, les Populations Européennes de tous les pays membres, et non pas leurs Gouvernements [15], devraient se prononcer solennellement, et simultanément, par référendum, sur leur souhait de demeurer vassales et alignées sur les USA ou de s’en affranchir totalement.

Au terme de cette consultation, il conviendra d’en assumer pleinement le résultat et d’accepter une éventuelle sécession de l’Union Européenne. Les pays qui souhaiteront demeurer alignés sur les USA devront se séparer de ceux qui exprimeront leur volonté de totale indépendance.

Les premiers, constitueront, ou non, une nouvelle association européenne tandis que les seconds continueront l’œuvre des pères fondateurs d’une Europe qu’ils voulaient forte et indépendante. Dans cette perspective, cette Union Européenne forte devrait faire l’effort d’intégration politique et militaire auquel elle s’est refusée jusqu’à nos jours. Il lui faudrait, tout d’abord, en assumer le coût financier. Mais, certains de ses membres devraient également accepter des sacrifices au nom du bien commun.

Par exemple, cette Union Européenne forte devrait être représentée au Conseil de Sécurité de l’ONU sans qu’aucun de ses membres y détienne un autre siège [16]. Si la France souhaitait participer à cette Union Européenne forte, elle devrait donc renoncer au siège qu’elle y détient.

Enfin, la force nucléaire de dissuasion de cette Union Européenne forte devrait ne se trouver qu’entre les mains d’un authentique Président Européen.

 

Post-Scriptum, avril 2006

L’avortement, en 2005, du Traité constitutionnel européen ne laisse guère augurer que surviendra une très prochaine prise de conscience de la nécessité de construire une Europe forte dans tous les domaines.

 

Notes :

[1] Même la Syrie de Hafez el‑Assad y participera. Moyennant quoi Hafez el‑Assad obtiendra d’avoir les mains libres au Liban (22 mai 1991 : accord consacrant la tutelle syrienne sur le Liban).

[2] Le mot peut paraître choquant mais ces attentats ont permis des actions légitimes (Afghanistan) et des actions d’opportunité (Iraq). Sans provocation aucune, il est possible d’affirmer que l’effondrement des tours du World Trade Center s’avère un avantage patriotique majeur. En effet, si les tours étaient restées debout et avaient été réparées, la blessure américaine eut été moins profonde et le traumatisme eut été moins facilement exploitable. On peut en juger chaque jour : on parle toujours des victimes du World Trade Center tandis que celles de l’avion qui s’est écrasé aux environs de Pittsburgh et celles du Pentagone à Washington sont apparemment oubliées.

[3] La centrale nucléaire ne fut pas atteinte car l’avion, grâce à son équipage et à ses passagers, s’écrasa en rase campagne.

[4] Les USA indiquèrent qu’elles étaient cachées dans des abris souterrains. Cela n’est pas sans rappeler les bunkers souterrains, extrêmement sophistiqués, dans les montagnes afghanes. Des schémas furent montrés avant la fin du régime taliban. Mais, par la suite, aucune photographie ou film n’en fut proposé.

[5] À ce jour, elles n’ont toujours pas été révélées.

[6] Force discursive de Dominique Galouzeau à l’ONU, le 14 février 2003.
«  Il [Galouzeau] a une haute idée de l’Etat, du service de l’Etat, comme le Gl de Gaulle, il aime viscéralement la France, il en a été le plus prestigieux ambassadeur à l’ONU, lorsqu’il a porté très haut la voix de notre pays contre la guerre en Irak, et avec le panachequ’on lui connaît, au point d’être applaudi par cette Assemblée - chose inhabituelle. »

Le citoyen Galouzeau, fondateur de République Solidaire, demeure admiré pour son discours du 14 février 2003 à l’ONU.
Est-ce justifié ?

S’il était prouvé que Saddam Hussein possédait bien des armes de destructions massives, les résolutions antérieures contraignaient la France et d’autres pays à entrer automatiquement en guerre contre l’Iraq, aux côtés des USA.

Mercredi 5 février 2003, intervention de Colin Powell devant le Conseil de sécurité des Nations unies, dans le but de convaincre les opinions publiques mondiales, de la « légitimité » d’une action militaire contre l’Irak, en s’appuyant sur des photos satellitaires et des écoutes téléphoniques, il se livre à un réquisitoire contre le régime de Saddam Hussein, l’accusant de ne pas respecter ses obligations en matière de désarmement et d’entretenir des liens avec l’organisation terroriste Al-Qaida.

Vendredi 14 février 2003, le ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin, prononce à l’ONU, un vibrant plaidoyer contre la guerre et en faveur d’un renforcement des inspections. Il est ovationné par de nombreux représentants de pays ne faisant pas partie du Conseil de sécurité des Nations unies. Colin Powell répond : « Plus d’inspecteurs, désolé, ce n’est pas la solution ».

Suite à cela, avec quelques alliés, les USA décideront unilatéralement d’entrer en guerre contre l’Iraq sans mandat de l’ONU.
Il est donc possible de dire que le fameux discours de Galouzeau a incité les USA à sortir de la procédure de l’ONU afin de ne pas risquer de se voir opposer un veto de la France et d’autres pays.
Du même coup, la France et d’autres pays se voyaient libérés de l’obligation d’entrer en guerre contre Saddam Hussein si, d’aventure, il venait à être prouvé qu’il possédait effectivement des armes de destructions massives.
Ce discours était donc politiquement et diplomatiquement habile. Mais, il ne mérite pas le lyrisme que l’on veut bien y voir.

[7] À l’évidence puisqu’il ne peut y avoir de guerre (défensive) légitime que s’il existe un agresseur (illégitime)...

[8] Ainsi que les deux autres membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU : Grande‑Bretagne et Chine.

[9] La Grande‑Bretagne soutenant les USA ; la Chine s’abstenant.

[10] Sans conflit ouvert du fait de la dissuasion nucléaire.

[11] Le Royaume-Uni a acquis sa puissance nucléaire sous la tutelle des USA.

[12] Grande‑Bretagne incluse ?

[13] Les USA peuvent demeurer des amis et des alliés de l’Europe pour autant qu’ils ne se comportent plus en suzerain.

[14] En interne. En effet, des « intérêts vitaux » doivent demeurer secrets afin de participer au mieux au principe de dissuasion : principe d’incertitude.

[15] Par trop changeants.

[16] Ce qui réglerait également le problème du siège de l’Allemagne au Conseil de Sécurité ; pour autant que les Allemands souhaiteraient participer à cette Europe indépendante des USA, bien entendu.

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