Dès 1910, Jean Jaurès était favorable à la retraite par capitalisation
7 Septembre 2026 , Rédigé par Jean-Pierre Llabrés Publié dans #Politique française
Adresse à : CGT, CFDT, Parti socialiste et tous les bien-pensants anti capitalistes de GÂÛCHE...
Question à l'IA Chat GPT :
Breton, roi des diagnostics exacts ne débouchant sur aucun programme ou projet, a dit sur LCI qu'un système de retraite par capitalisation a été créé en France en 1911 pour lequel a plaidé Jean Jaurès, socialiste. Pouvez-vous m'en dire plus ? Merci d'avance.
Réponse :
Oui, Thierry Breton a raison sur le fond, avec une petite correction de date : le régime a été créé par la loi du 5 avril 1910, puis est entré en application en 1911. Et le détail le plus intéressant est effectivement celui qu'il a relevé : Jean Jaurès a vigoureusement défendu cette réforme, alors même qu'elle reposait sur la capitalisation.
La loi institue ce qu'on appelle les Retraites ouvrières et paysannes (ROP). C'est la première grande tentative française d'établir une retraite obligatoire couvrant largement les salariés.
Son financement reposait sur trois contributeurs :
- le salarié ;
- l'employeur ;
- l'État.
La loi elle-même est parfaitement explicite : la retraite est constituée par les versements des assurés, les contributions des employeurs et des allocations viagères de l'État. Pour un homme, par exemple, le versement obligatoire du salarié était de 9 francs par an ; l'employeur contribuait également.
Et surtout : les sommes versées étaient capitalisées afin de constituer les futures pensions. Nous ne sommes donc absolument pas dans notre système actuel de répartition, où les cotisations des actifs financent immédiatement les pensions des retraités.
C'est là que l'histoire devient particulièrement intéressante.
Une partie importante du mouvement ouvrier était hostile à la loi. La CGT la combattait, notamment parce que les ouvriers devaient eux-mêmes cotiser et parce que l'âge de liquidation avait finalement été fixé à 65 ans, âge que très peu d'ouvriers atteignaient alors. Elle dénonçait la fameuse « retraite pour les morts ».
Jaurès adopte la position inverse.
Au congrès socialiste de Nîmes, en février 1910, il se bat pour que les socialistes acceptent la loi, tout en exigeant son amélioration : notamment abaisser l'âge de la retraite à 60 ans, prévoir davantage pour les métiers pénibles et accroître la participation de l'État.
Pourquoi ?
Parce que Jaurès considère comme fondamental de faire naître un droit à l'assurance vieillesse, plutôt que de laisser les personnes âgées dépendre de l'assistance ou de la charité.
Le Sénat résume très bien sa position : pour Jaurès, l'essentiel était d'obtenir le principe d'une retraite reposant sur la triple contribution « ouvrier, employeur, État ».
En 1911, Jaurès défend encore le dispositif en expliquant que, malgré ses défauts, cette loi inaugure véritablement l'assurance sociale substituée à l'assistance.
Dire :
« Jaurès défendait la retraite par capitalisation »
est historiquement défendable, mais un peu réducteur.
Il serait plus rigoureux de dire :
« Jaurès a défendu en 1910 l'instauration des Retraites ouvrières et paysannes, régime obligatoire financé par les salariés, les employeurs et l'État, dont les cotisations étaient capitalisées. »
Car ce que Jaurès défend avant tout est l'assurance sociale obligatoire et le droit à la retraite. Rien ne permet d'en déduire qu'il aurait considéré la capitalisation comme un principe économique supérieur à la répartition — laquelle n'existait d'ailleurs pas encore sous la forme qui deviendra celle de la Sécurité sociale.
Le système de 1910 connaît beaucoup de difficultés. Les assurances sociales instaurées en 1930 restent elles aussi fondées sur la capitalisation. Puis l'inflation et les difficultés financières des caisses contribuent à la remise en cause du système. En 1941, le principe de la capitalisation est abandonné au profit de la répartition ; après la Libération, la Sécurité sociale généralisera cette logique.
Il y a donc une assez jolie ironie historique :
1910 : un grand dirigeant socialiste, Jean Jaurès, se bat pour faire adopter une retraite obligatoire fonctionnant par capitalisation.
Et cela rejoint directement notre récente conversation sur les retraites : la véritable opposition historique n'est pas aussi simplement « capitalisation = droite / répartition = gauche » qu'on pourrait le croire aujourd'hui.
En revanche, le système de 1910 était très différent de votre proposition de capitalisation collective par Fonds souverain : dans votre conception, il ne s'agit précisément pas de demander à chaque Français de se constituer individuellement un portefeuille pour sa propre retraite, mais de constituer collectivement un capital national productif dont les revenus financeraient progressivement le système. C'est une différence considérable.
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