La peine de mort reste, près d’un demi-siècle après son abolition en France, un sujet sensible, chargé d’émotion et de symboles. Le débat se cristallise entre deux visions irréconciliables : celle d’un État protecteur, exerçant la justice comme une forme de légitime défense au nom de la société, et celle d’un État meurtrier, dénoncé par Robert Badinter, franchissant une ligne rouge en ôtant volontairement une vie humaine.
On entend souvent que la peine capitale n’est pas dissuasive. C’est possible. Mais la prison ne l’est pas davantage : chaque jour, des crimes sont commis malgré les menaces d’incarcération. La fonction première de la peine de mort n’est pas de dissuader, mais d’empêcher la récidive absolue.
Reste alors l’argument décisif de l’erreur judiciaire. Le moindre doute doit profiter à l’accusé. C’est là que le cas de Christian Ranucci, exécuté en 1976, demeure exemplaire. Indépendamment des doutes popularisés plus tard par Le Pull-over rouge de Gilles Perrault, on peut imaginer le dilemme du jury : s’il subsistait en son sein une hésitation intime, pourquoi avoir choisi la mort plutôt que la réclusion à perpétuité ? Le doute aurait-il dû conduire à l’acquittement ? Ce procès illustre combien la peine capitale, parce qu’elle est irréversible, exige une certitude absolue — qui, en réalité, échappe souvent à la justice humaine.
Sur la question de la souffrance, le progrès médical rend possible une exécution totalement indolore : anesthésie profonde suivie d’une injection létale. On ne peut donc plus réduire la peine de mort à la barbarie technique de la guillotine. Le vrai débat n’est pas là. Il est moral et politique : un État a-t-il le droit de tuer au nom de la société ?
Badinter répondait non, car l’État qui tue devient criminel lui-même. On peut au contraire soutenir qu’il s’agit d’une légitime défense de l’État, exercée au nom de la victime, de sa famille et de la collectivité. Là se trouve la ligne de fracture : entre ceux qui refusent tout pouvoir de mort à l’État, et ceux qui considèrent qu’il peut l’exercer sans cruauté, dans certains cas extrêmes, pour protéger la société.
N.B. :
Ajoutons que si Robert Badinter était absolument opposé à la peine de mort, il n'a pas dit un mot concernant la pendaison de Saddam Hussein...