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Luc Ferry : réquisitoire contre une parole sans preuves et des raisonnements intellectuellement ineptes

8 Février 2026 , Rédigé par Jean-Pierre Llabrés

Luc Ferry est un professeur de philosophie, essayiste et homme politique français, né le 3 janvier 1951 à Colombes (Seine).

Licencié en psychologie, docteur en science politique (1980), professeur agrégé de philosophie (1975) et de science politique (1982), il est successivement attaché de recherche au CNRS puis professeur des universités. À partir de 1985, il développe une philosophie politique d’inspiration libérale, abordant notamment l’écologie, la technique, la famille et la religion.

De 2002 à 2004, il est ministre de la Jeunesse, de l’Éducation nationale et de la Recherche dans les gouvernements I et II de Jean-Pierre Raffarin, sous la présidence de Jacques Chirac. Il est ensuite nommé membre du Comité consultatif national d’éthique en 2009 par Nicolas Sarkozy.

Cette position académique et institutionnelle confère à Luc Ferry une forte légitimité médiatique, et donc une responsabilité intellectuelle accrue. C’est précisément cette responsabilité qui est ici en cause.


2011 : premier dérapage majeur

En 2011, Luc Ferry déclare publiquement qu’un ancien ministre français aurait été surpris au Maroc dans une affaire de pédocriminalité, puis exfiltré grâce à une intervention des plus hautes autorités de l’État.

👉 Il refuse de donner le nom de la personne concernée, tout en ajoutant :

« probablement, nous savons tous ici de qui il s’agit »,
échappant ainsi à une accusation formelle de dénonciation calomnieuse, tout en jetant un soupçon généralisé.

Il précise également qu’il aurait été informé de cette affaire par les plus hautes autorités de l’État, dont explicitement le Premier ministre, alors François Fillon.

Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=594X3M5yG_Q

Des recoupements ultérieurs laissent entendre que cette supposée affaire daterait d’environ dix ans, soit 2001 — précision que Luc Ferry ne donne jamais lui-même, laissant entendre qu’il s’agirait d’un fait contemporain.

À la suite de ces déclarations, Luc Ferry est auditionné par la police judiciaire (brigade de protection des mineurs).
Il refuse de livrer le moindre nom, mais affirme que Yves Bertrand, alors patron des Renseignements généraux, était informé de cette affaire.

Yves Bertrand est à son tour auditionné.
Il déclare avoir entendu une rumeur, et affirme en avoir rendu compte à :

  • Lionel Jospin,

  • et Daniel Vaillant.

Ces deux derniers indiquent officiellement n’avoir jamais été informés d’une telle affaire, laissant entendre soit une absence de transmission, soit une rumeur jugée non crédible.

Yves Bertrand précise enfin qu’il n’a pas enquêté plus avant, non par négligence, mais parce que :

  • il avait rendu compte à sa hiérarchie,

  • et que l’enquête judiciaire ne relevait pas des missions des RG.

👉 Aucun nom, aucune preuve, aucune procédure judiciaire, aucune trace diplomatique ne viendront jamais étayer cette accusation d’une extrême gravité.

Nous sommes ici face à une faute intellectuelle et civique majeure : lancer publiquement une accusation non démontrée, non falsifiable, et juridiquement inexploitable.


Depuis 2022 : l’Ukraine, la Russie et l’inversion des responsabilités

Depuis 2022, Luc Ferry affirme de manière répétée que l’Ukraine serait responsable de la guerre, au motif que le conflit du Donbass aurait obligé Vladimir Poutine à intervenir pour défendre les populations russophones.

Ce raisonnement oublie — ou feint d’oublier — plusieurs faits essentiels :

  • l’annexion illégale de la Crimée en 2014, antérieure au conflit du Donbass,

  • la violation manifeste du mémorandum de Budapest de 1994, par lequel la Russie garantissait l’intégrité territoriale de l’Ukraine,

  • le caractère délibérément déstabilisateur de la politique russe depuis plus d’une décennie.

Il s’agit là d’une inversion des causes et des effets, intellectuellement indéfendable.


La dissuasion nucléaire : une confusion conceptuelle

Luc Ferry affirme également que la dissuasion nucléaire serait devenue inutile et inefficiente.

Son argument principal est le suivant :
si la France frappait la Russie avec une arme nucléaire, elle serait immédiatement vitrifiée en retour.

Ce raisonnement oublie un point fondamental :
👉 la France n’utilisera jamais l’arme nucléaire en premier.

La dissuasion nucléaire n’est pas un outil d’emploi, mais un dispositif d’interdiction, fondé sur la non-première frappe et la crédibilité de la seconde.

Inversement, si la Russie frappait un pays européen avec une arme nucléaire, la riposte ne serait pas nécessairement nucléaire, mais probablement conventionnelle, comme l’a indiqué Joe Biden dès février 2022 — perspective qui a très probablement dissuadé Vladimir Poutine, lequel redoute avant tout une confrontation conventionnelle massive avec l’Europe, avec ou sans les États-Unis.

D’où la nécessité urgente de constituer une défense européenne crédible et dissuasive, et non de proclamer l’obsolescence de la dissuasion sur la base d’un raisonnement tronqué.

N.B. :
Dans son "renoncement" à la dissuasion nucléaire, Luc Ferry oublie de préciser que la composante américaine stationnée en Europe est obsolète car composée de Bombes Nucléaires B61 gravitationnelles.
Il en résulte que les avions porteurs de ces bombes doivent les larguer à l'aplomb de leur cible ce qui les rend très vulnérables à la défense aérienne de l'ennemi.
La France dispose de missiles auto-propulsés à ogive nucléaire leur permettant d'être largués loin de la cible.


La Ve République : un diagnostic erroné

Enfin, Luc Ferry annonce la fin de la Ve République à la suite des événements politiques consécutifs à la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024.

Cette analyse est intellectuellement infondée :

  • aucune crise constitutionnelle,

  • aucune remise en cause des institutions,

  • aucun blocage juridique.

La République ne souffre que d’une absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale, situation conjoncturelle qui peut parfaitement être corrigée lors des échéances électorales à venir, notamment en 2027, après l’élection d’un nouveau chef de l’État.

Confondre crise politique et obsolescence institutionnelle relève ici, une fois encore, d’un raisonnement défaillant.


Conclusion implicite

Sur des sujets aussi différents que la pédocriminalité, la guerre, le nucléaire ou les institutions, une même méthode apparaît :

  • affirmation sans preuve,

  • confusion conceptuelle,

  • absence de responsabilité intellectuelle.

La question n’est pas de savoir si Luc Ferry a le droit de s’exprimer.
La question est de savoir pourquoi une parole aussi peu rigoureuse continue d’être traitée comme une référence médiatique.


 

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