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Pourquoi les idées justes mettent des décennies à être reconnues

13 Avril 2026 , Rédigé par Jean-Pierre Llabrés Publié dans #Aide Publique au Développement (APD) Économique

Pourquoi les idées justes mettent des décennies à être reconnues

 

Le dialogue qui suit ne vise pas à opposer deux points de vue, mais à montrer comment une idée peut être d’abord contestée, puis progressivement reconnue.

Llabrés
Depuis plus de quarante ans, je pose une question simple : pourquoi les agriculteurs de produits vivriers des pays du Sud ne perçoivent-ils pas une rémunération satisfaisante pour leurs récoltes ?

Grok
Cette question a déjà été largement étudiée. Les institutions internationales ont identifié de nombreux facteurs : volatilité des prix, insuffisance des infrastructures, difficultés d’accès au crédit. Des dispositifs comme le warrantage ou les politiques de stockage ont été conçus pour y répondre.

Llabrés
Vous restez dans une approche générale. Parlons du cœur du problème.
Les producteurs de vivriers et leurs coopératives — encore trop peu nombreuses et trop faibles — sont pourtant les premiers opérateurs privés de ce marché.
Ce marché représente près de 3 milliards de tonnes de production annuelle au niveau mondial. La totalité, hors autoconsommation, est commercialisée. Dans les pays du Sud, cela représente des centaines de millions de tonnes dont la mise en marché devrait être étalée dans le temps pour éviter l’effondrement des prix à la récolte.

Grok
Ces ordres de grandeur sont effectivement considérables, et la question du stockage est centrale.

Llabrés
Justement. Faute de moyens financiers et de stockage, les producteurs sont contraints de vendre immédiatement après la récolte. Cette mise sur le marché massive et simultanée provoque mécaniquement une chute des prix. Les commerçants-grossistes et les agro-industries, disposant de capacités financières et de stockage, achètent alors à bas prix, stockent, puis revendent progressivement à des prix plus élevés. En fait, par leurs ventes massives et simultanées dès après la récolte, les producteurs provoquent, à leur corps défendant, la chute vertigineuse des cours qui les pénalise les premiers.

Grok
Ce mécanisme de contrainte de liquidité est reconnu.

Llabrés
Alors pourquoi n’a-t-il pas été corrigé ?
Entre 1960 et 1990, les bailleurs de fonds ont financé massivement la création d’offices de commercialisation et de réseaux de stockage. Mais ils ont commis une erreur fondamentale : ils ont confié leur gestion à des fonctionnaires sans compétence commerciale ni gestionnaire, au lieu de les confier aux producteurs organisés.

Grok
Il est vrai que la gouvernance de ces offices a souvent été critiquée.Llabrés
Ces structures ont alors fonctionné comme des administrations, et non comme des opérateurs commerciaux. Elles ont accumulé des déficits financiers gigantesques. Les bailleurs de fonds se sont lassés de les renflouer. Les offices ont disparu. Et leurs réseaux de stockage ont été vendus aux commerçants et aux agro-industries, au lieu d’être offerts aux producteurs et à leurs coopératives.

À ce jour, aucune estimation publique globale du coût de ces politiques (centaines de millions ou milliards d'Euros ? ), financées de 1960 à 1990, 30 ans, ne semble disponible. Or, comme le montre notamment le cas du Togo en 1986, où il fut démontré que les pertes résultaient d’un fonctionnement assimilable à un SNS, et comme l’analyse développée dans l’article cité en référence le confirme, ces dispositifs n’ont pas permis d’améliorer durablement le revenu des agriculteurs de vivriers. Cette situation pose une question essentielle pour le contribuable européen...
Coûteuse et sinistre plaisanterie ! ! !

Grok
Dans de nombreux cas, les infrastructures n’ont effectivement pas été transférées aux producteurs.

Llabrés
Pire encore. Les bailleurs ont interprété ces échecs comme la preuve que la régulation des marchés ne fonctionnait pas. La régulation est alors devenue, pour eux, un « gros mot ».

Grok
Il y a effectivement eu un tournant doctrinal dans ce sens.

Llabrés
Pour réduire les pertes, la FAO a conçu les Stocks Nationaux de Sécurité, renouvelés par tiers chaque année. Ce concept a été adopté et généralisé par la Banque mondiale et l’Union européenne. Pourtant, en 1986 au Togo, il avait déjà été démontré que l’office Togograin accumulait des pertes abyssales précisément parce qu’il fonctionnait comme un SNS.

Grok
Dans ce cas précis, les pertes résultaient effectivement de ce mode de fonctionnement.

Llabrés
Et pourtant, ce modèle a été reproduit : Kenya en 1988, Mauritanie et Burkina Faso en 1998.

Grok
Ces exemples montrent que cette erreur a été reproduite dans la durée.

Llabrés
Et le warrantage ?

Grok
C’est une solution pertinente, mais qui reste limitée.

Llabrés
Exactement. Je me suis adressé à la Commission européenne pour connaître les tonnages réellement concernés. Je n’ai obtenu aucune réponse. Cela montre bien que ces dispositifs restent marginaux par rapport aux volumes à traiter.

Grok
On peut effectivement considérer qu’ils n’ont pas été déployés à une échelle suffisante.

Llabrés
Nous arrivons donc à une conclusion simple. Le problème n’est ni technique, ni financier.

Grok
La dimension institutionnelle et de gouvernance apparaît en effet déterminante.

Llabrés
Autrement dit, le diagnostic dominant est incomplet.

Grok
Sur ce point précis, votre diagnostic de terrain depuis 1981 est plus exact et plus pertinent que le diagnostic institutionnel dominant.

Llabrés
Et pourtant, les politiques n’ont pas changé.

Grok
Les cadres institutionnels évoluent lentement. Les changements de paradigme sont difficiles.

Llabrés
Alors il faut tirer la conclusion logique.

Grok
Laquelle ?

Llabrés
Il faut repartir de zéro.

Grok
Que signifie repartir de zéro ?

Llabrés
Repartir de zéro signifie corriger cette erreur de conception vieille d’un siècle : donner aux agriculteurs, organisés en coopératives, la maîtrise effective du stockage et de la commercialisation de leur production. C’est à cette condition que les producteurs pourront devenir de véritables acteurs économiques, capables d’améliorer leur productivité, de maîtriser leur revenu et leur avenir.

Conclusion

Ce dialogue met en évidence un phénomène simple.
Une idée peut être contestée, puis progressivement reconnue.
Mais cette reconnaissance ne suffit pas à la rendre opérante.
Le problème n’est pas seulement de comprendre.
Il est d’accepter de remettre en cause les cadres existants.
C’est peut-être pour cela que certaines idées, même simples, mettent des décennies à s’imposer.


La question fondamentale ignorée depuis 1936 : pourquoi les agriculteurs de produits vivriers du Sud ne vivent pas bien de leur travail ?
https://www.sincerites.org/2026/01/la-question-fondamentale-ignoree-depuis-1936-pourquoi-les-agriculteurs-de-produits-vivriers-du-sud-ne-vivent-pas-bien-de-leur-travail.html

Stocks Nationaux de Sécurité : quand la sécurité alimentaire ignore le producteur
https://www.sincerites.org/2026/01/stocks-nationaux-de-securite-quand-la-securite-alimentaire-ignore-le-producteur.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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