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Apostolos Doxiadis : "Oncle Petros et la conjecture de Golbach". Le ridicule challenge d'un million de dollars de ses éditeurs.

3 Décembre 2025 , Rédigé par Jean-Pierre Llabrés Publié dans #Culture

Il est des idées si farfelues qu’elles méritent d’être étudiées en laboratoire.
Le « défi Goldbach » lancé par les éditeurs américains et britanniques d’Oncle Petros appartient à cette catégorie : un mélange de mathématiques, de marketing et d’une méconnaissance spectaculaire de l’un comme de l’autre.

Un cocktail explosif où l’on ne sait plus très bien si l’on doit rire, applaudir… ou enseigner d’urgence un cours d’« Introduction à la logique 101 ».


1. Un concours réservé aux Anglo-Saxons : l’audace du provincialisme

Les éditeurs avaient décidé que le million de dollars serait réservé aux « résidents légaux » des États-Unis et du Royaume-Uni.
Ce qui revient à dire :

« Que les mathématiciens français, allemands, chinois ou russes se rassurent : nous leur épargnons la peine de devenir millionnaires. »

Deux interprétations possibles :

  • Version 1 : le complexe de supériorité.
    Les Anglo-Saxons seraient, par essence, les seuls capables de résoudre Goldbach.

  • Version 2 : le complexe d’infériorité.
    Les Anglo-Saxons seraient les seuls assez naïfs pour essayer.

Personnellement, j’hésite encore.

Il faut dire qu’en mathématiques, il n’y a ni frontières, ni drapeaux, ni Green Card.
Mais dans la tête de certains éditeurs, apparemment, si.


2. Une date limite pour la vérité : enfin une innovation en logique !

L’autre trouvaille géniale fut de fixer une deadline : 15 mars 2002, minuit.
Oui, minuit. Comme pour Cendrillon, mais avec moins de magie.

Il faut reconnaître que c’est une révolution conceptuelle :

Jusqu’ici, les mathématiciens pensaient naïvement que la vérité ne dépendait ni du calendrier, ni des horloges.
Erreur ! Elle dépend d’un communiqué de presse.

Il fallait oser.

À ce stade, j’ai décidé de pousser l’absurdité jusqu’au bout :
puisqu’aucune preuve n’avait été donnée au 15 mars 2002 à 23h59, j’ai conclu — ironiquement — que Goldbach devenait indémontrable à cette minute précise.

Pas avant.
Pas après.
Indémontrable « au coup de minuit ».
Comme un carrosse redevenant citrouille.

Je n’avais aucune prétention mathématique, évidemment.
Juste l’envie de renvoyer les règles du concours à leur incohérence.


3. Une récompense à sens unique : la vérité, version unijambiste

Autre détail croustillant : le prix ne récompensait que la démonstration de la validité de Goldbach.

Démontrer qu’elle est fausse ?
Aucun intérêt.

Démontrer qu’elle est indécidable dans un système donné ?
Circulez.

Démontrer quelque chose d’important mais ne rentrant pas dans la case marketing ?
Merci, au revoir.

C’est un peu comme un concours de cuisine où seul le plat au poulet serait récompensé.
Même si votre bœuf bourguignon révolutionne l’histoire gastronomique, on vous dira :
« Désolé, monsieur, ici c’est poulet ou rien. »


4. Le résultat : un défi qui démontre surtout… son propre ridicule

Finalement, ce concours n’a rien démontré sur Goldbach — ni vrai, ni faux, ni indécidable.

En revanche, il a examiné avec une précision remarquable :

  • la naïveté des attachés presse,

  • la méconnaissance totale des fondements de la logique,

  • le provincialisme assumé des règles,

  • et la capacité infinie des êtres humains à bricoler des défis absurdes pour vendre des livres.

Les mathématiciens, eux, ont réagi comme on pouvait s’y attendre :
ils ont éclaté de rire, haussé les épaules, et sont retournés à leurs vraies recherches.

Goldbach n’a pas bronché.
Elle n’a jamais demandé de deadlines.
Elle ne se préoccupe pas de ses papiers d’identité.
Elle vit dans le royaume tranquille des entiers, où aucun éditeur ne peut lui donner d’ordre.


Conclusion : la vérité mathématique n’a pas de date de péremption

Ce défi aura au moins eu une utilité :
montrer qu’on peut prendre un problème profond et le transformer en gadget promotionnel, à condition d’en tordre suffisamment les règles pour qu’il rentre dans une annonce publicitaire.

Et finalement, l’ironie suprême est celle-ci :

Le seul résultat mathématiquement démontrable dans toute l’opération,
c’est l’incompétence logique de ceux qui en ont fixé les règles.

Pour un million de dollars, on aurait pu espérer mieux.

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