La singulière histoire d’un fabuleux héritage : 11 milliards d’Euros !
La singulière histoire d’un fabuleux héritage :
11 milliards d’Euros !
par
Jean‑Pierre Llabrés
En 2001, l’ensemble de ma famille, proche et éloignée, soit environ un millier de personnes, sera à la tête d’un capital de onze milliards sept cent vingt‑cinq millions huit cent vingt et un mille neuf cent soixante‑huit Euros ; soit, environ, 76 milliards de francs français actuels investis dans tous les secteurs économiques par banques interposées.
Ce capital procure actuellement, à chaque membre de la famille, une rente mensuelle de 7.328 Euros, soit 47.500 francs. Cette rente mensuelle est servie à partir du jour de naissance de chaque enfant. Ainsi, j’en ai bénéficié depuis 1946. La rente mensuelle s’élevait alors à 6.388 Euros que mes parents épargnèrent raisonnablement jusqu’à ma majorité, en 1964, à raison d’un intérêt composé annuel de 1 %, net d’impôt et d’inflation. Au terme de ma première année d’existence, j’étais à la tête d’un capital de 77.426 Euros. À ma majorité, mon capital était de 1.646.843 Euros ! Et, bien entendu, je continuais à bénéficier d’une rente mensuelle de 6.698 Euros.
J’aurais mauvaise grâce à reprocher à mes parents d’avoir trop prudemment et trop modestement fait fructifier ce capital, au rythme actuel de la Caisse d’Épargne, avant ma majorité. J’en ai usé avec trop de prodigalité par la suite. Péchés de jeunesse...
Je dois préciser que chacun de nous perçoit mensuellement plus de 7.000 Euros depuis 1983. Quant à ceux d’entre nous qui sont nés au début du siècle et qui, malheureusement, s’éteignent l’un après l’autre, ils disposaient d’un revenu mensuel de plus de 6.000 Euros depuis 1921. En 1848 la rente mensuelle n’était que de 5.000 Euros, en continuel accroissement cependant. Elle était encore inférieure dans le passé mais elle existait depuis 1563 av.JC.
En effet, et c’est ce qui constitue la singularité de la situation, notre fortune familiale remonte littéralement à la nuit des temps. Au point que j’ai longtemps hésité avant d’en raconter brièvement l’histoire, aujourd’hui, car elle est à peine croyable.
Il y a cinq mille ans, trois mille ans avant Jésus‑Christ, dans le pays de Sumer, en plein Croissant Fertile de Mésopotamie, un de nos ancêtres fut un illuminé ou eut une illumination. Ses contemporains, s’ils avaient été informés de son dessein, auraient certainement vu en lui un illuminé, un doux rêveur. Peut‑être même a‑t‑il eu à se heurter au scepticisme de sa famille et de ses descendants qui n’eurent pas, hélas, le loisir de contempler les fruits de son imagination, de sa vision futuriste.
Qu’ils aient été sceptiques ou qu’ils aient eu foi en lui, que grâce leur soit rendue pour avoir respecté sa volonté et laissé s’épanouir son œuvre ! Il y a bien longtemps maintenant que le mérite de cet ancêtre, inventif et généreux, est pleinement reconnu dans notre famille. Nous nous efforçons tous d’être aussi créatifs qu’il le fut et force m’est de reconnaître que nul d’entre nous, aujourd’hui ou dans le passé, n’est parvenu à l’égaler.
Si le génie relève de la simplicité, alors, sans nul doute, cet homme fut un génie universel ! Nous ne saurons jamais s’il était riche ou non mais j’ai plutôt tendance à penser que c’était un homme de condition modeste doté d’un solide bon sens ainsi que d’une grande capacité de réflexion. S’il avait été riche, il est peu probable qu’il se serait préoccupé, comme il le fit, de l’avenir de sa descendance la plus lointaine.
Toujours est‑il que son projet consistait à construire les bases d’une fortune en accroissement perpétuel au fil des générations. J’ignore s’il existait déjà une monnaie à son époque. Cela importe peu car il a aussi bien pu bâtir son projet sur la base d’autres possessions, comme du bétail par exemple. Naquit en son esprit fertile l’idée de constituer une fortune par le jeu des intérêts composés. À cette fin, il préserva une somme extrêmement modeste, de l’ordre d’un Euro, pour parler « actuel », qu’il s’attacha à faire fructifier à raison d’un intérêt composé de 1 % annuellement. Et, bien entendu, il parvint à convaincre ses héritiers, son aîné sans doute, de ne jamais entamer ce capital dont la modicité était telle qu’il ne présentait pas d’attrait pour résoudre des problèmes immédiats.
En l’absence de systèmes et d’instruments financiers aussi accessibles que nous les connaissons aujourd’hui, ce ne fut certainement pas facile, dans le cadre des perturbations et bouleversements de l’Histoire, de faire croître ce capital en l’épargnant des impôts, des changements de monnaie, de l’inflation, etc.
En dépit de ces difficultés, toutes les générations passées ont préservé le grand dessein de cet ancêtre exceptionnel. Si elles n’ont pas eu le génie de l’illumination initiale, il faut leur reconnaître l’immense mérite d’avoir su résister à la tentation de dilapider le capital en question lorsqu’il devint d’une dimension suffisante pour satisfaire les appétits d’une génération qui n’aurait pas respecté le souci des générations suivantes inspiré par notre merveilleux ancêtre sumérien.
Même à intérêt composé, un capital d’un Euro demande beaucoup de temps avant d’atteindre un volume conséquent. Ainsi, 927 ans se sont écoulés avant que soient atteints les 10.000 Euros1, et 1.159 ans avant de parvenir à un capital de 100.000 Euros. Au terme de 1.390 ans de gestion méticuleuse de cette épargne, en 1611 av.JC, le capital atteignit enfin 1.000.000 d’Euros. On s’approchait du but fixé par notre génial ancêtre.
En effet, ce capital, qui au taux moyen de 1 %, produisait tout de même annuellement 10.000 Euros d’intérêts, n’était pas l’objectif final. Celui‑ci était de parvenir à un niveau de capitalisation tel qu’il serait possible de prélever une partie des intérêts annuels afin de servir une rente annuelle, qui aurait vocation à subvenir aux besoins de ses bénéficiaires, tandis que le solde des intérêts resterait capitalisé. Ainsi, les revenus nécessaires à la vie d’une famille proviendraient du capital constitué mais n’interdiraient pas la continuelle croissance de ce capital ainsi que, par voie de conséquence, l’accroissement des sommes mises à disposition de la famille pour assurer ses dépenses annuelles.
C’est en cela que se manifeste le génie de notre ancêtre.
Cet objectif fut enfin atteint en 1563 av.JC, 1.438 ans après la mise en œuvre de son projet. Le capital s’élevait à 1.605.000 Euros, produisant un intérêt annuel de 16.050 Euros. À l’échéance des intérêts, 25 % de ceux‑ci s’ajoutèrent au capital tandis que 75 % furent mis, pour la toute première fois, à disposition d’un des lointains descendants de l’initiateur de cette étrange entreprise.
Cet heureux descendant disposa d’une rente annuelle de 12.038 Euros, soit un revenu mensuel de 1.003 Euros. J’ignore quelle était la monnaie de l’époque et, donc, quelle était la contre‑valeur de ces 1.003 Euros. Mais, considérant qu’il s’agit de revenus nets d’inflation, le pouvoir d’achat de cette contre‑valeur était certainement loin d’être négligeable.
Bien entendu, ce mouvement ne fit que s’accélérer au fil du temps. En 1286 av.JC, soit 277 ans plus tard, ce furent deux héritiers qui perçurent une rente mensuelle de 1.000 Euros. Ils furent trois 162 ans plus tard et quatre 115 ans plus tard.
C’est‑à‑dire que la rente mensuelle globale double tous les 277 ans ! 8.000 Euros en 731 av.JC ; 16.000 en 453 av.JC ; 32.000 en 176 av.JC ; 64.000 en 103 ap.JC ; 128.000 en 380 ap.JC ; etc... En 1848, la rente mensuelle dépassait les cinq millions d’Euros et, par décision du conseil de famille, 1.000 collatéraux ont été déclarés éligibles au bénéfice d’une rente mensuelle de 5.000 Euros. Comme je l’ai déjà dit, au début de ce texte, la rente mensuelle individuelle est actuellement de 7.328 Euros et profite à 1.000 membres de la famille élargie.
En 2126, la rente mensuelle totale sera légèrement supérieure à 10 millions d’Euros et, en fonction de l’évolution de la démographie de notre famille, le conseil aura éventuellement à décider des modalités de sa répartition.
De tout temps, le conseil s’est fixé pour règle d’augmenter la rente mensuelle individuelle tout en élargissant autant que possible le cercle des bénéficiaires. Pour autant que notre conseil, et ses successeurs, resteront fidèles au principe édicté par notre admirable ancêtre sumérien, comme le furent les conseils précédents, nos descendants ne pourront que se réjouir d’avoir eu des ascendants aussi avisés.
Et, plus que tout autre parmi eux, notre héros de Sumer !
Quant à moi, si je ne parviens pas à me hisser à son niveau de créativité, j’espère honorer sa mémoire et sa philosophie en révélant, avec l’accord de notre conseil de famille2, son généreux dessein dont je m’étonne qu’il n’ait pas été également inventé par d’autres.
Car, enfin, si les six milliards d’êtres humains qui peuplent aujourd’hui la planète mettaient en place un fonds de six milliards d’Euros, rémunérés sur la base d’un intérêt composé de 1 %, net d’impôt et d’inflation, en 3439, six milliards de leurs descendants percevraient un revenu mensuel de 1.003 Euros. En 4001, six milliards d’êtres humains pourraient bénéficier d’un revenu mensuel de 4.155 Euros !
Si l’on admet que la planète pourrait compter 60 milliards d’individus en 3439, il serait tout à fait possible de leur assurer un revenu mensuel de 1.000 Euros en capitalisant 6 milliards d’Euros par an, dès à présent et pendant dix ans.
Certes, tous les habitants actuels de la planète ne peuvent pas capitaliser un Euro par an pendant dix ans, surtout quand les pauvres ne verraient jamais les fruits de leur effort. Mais les habitants les plus riches pourraient avoir la générosité de constituer ce capital pour eux‑mêmes ainsi que pour les impécunieux.
D’ailleurs, au titre de l’aide au développement des pays les moins avancés, les pays les plus riches dispensent annuellement quelques 38 milliards d’Euros (0,30 % de leur PNB) pour aider au développement des premiers. La France, à elle seule, y participe à concurrence d’environ 8 milliards par an (0,61 % de son PNB).
Ainsi, sans diminuer l’effort en matière d’aide au développement, le monde développé pourrait réaliser un effort supplémentaire momentané de 6 milliards d’Euros, sur dix ans, qui ne représenterait annuellement que 0,05 % de son PNB. Pour la France seule, cet effort représenterait 0,46 % de son PNB. Ce serait peut‑être excessif pour un seul pays, mais il ne faut pas oublier que la France pourrait convaincre ses partenaires européens de s’associer à elle.
Il convient de préciser, toutefois, que la réalisation d’un tel projet mondial3 ne relève pas de la seule compétence des États. Comme le démontre l’histoire de la fortune de ma famille, cette œuvre pourrait fort bien être accomplie par une structure privée motivée par une démarche humaniste universelle et capable de se projeter dans l’avenir en se fixant un horizon minimal d’un millénaire et demi. Hors celle de ma famille, qui n’a aucune raison d’y figurer, l’Histoire témoigne de l’existence d’autres organisations capables d’une telle longévité.
Par ailleurs, le processus cumulatif peut être nettement accéléré. Non pas en augmentant le capital initial, mais en servant un intérêt annuel plus important.
En effet, un capital initial individuel de 10.000 Euros permettrait d’obtenir une rente mensuelle de 1.000 Euros 925 ans plus tôt qu’avec un capital initial de 1 Euro. Mais, le capital initial total devrait être de 60.000 milliards d’Euros, ce qui relève de l’impossibilité absolue.
En revanche, toujours sur la base d’un capital initial total de 6 milliards d’Euros, porter le taux d’intérêts à 2 % permettrait de réduire de 749 ans la période d’accumulation de capital de 1.438 ans dans le cas d’une rente mensuelle égale à 75 % des intérêts4. Une rente mensuelle de 1.012 Euros serait possible dès 2690. À 5 % d’intérêt annuel, cette réduction serait de 1.176 ans. Une rente mensuelle de 1.009 Euros serait accessible dès 2263 : dans moins de trois siècles !
Idéalement, il serait concevable de mettre en place un premier fonds sagement rémunéré sur la base d’un intérêt composé de 1 %, net d’inflation et d’impôt : ce fonds garantirait la sécurité du résultat sur le long terme.
Parallèlement, un second fonds, du même montant, serait consacré à la recherche d’un meilleur rendement afin de tenter d’accélérer l’accroissement du capital, de ses intérêts et, en conséquence, d’avancer au maximum le terme de l’obtention de la rente mensuelle souhaitée. Cette approche « spéculative » n’allant pas sans risque, celui‑ci serait donc couvert par l’existence du premier fonds.
L’amélioration du taux de rémunération du capital ne saurait être réalisée que par des financiers expérimentés et compétents, audacieux mais réalistes, honnêtes mais, néanmoins, dûment contrôlés.
Cette utopie étant réalisée, création quasi ex nihilo d’une Fortune Universelle, « l’argent qui dort » (roupie, deutsch mark, dollar, franc ou euro) deviendrait profitable à toute l’Humanité, contredisant ainsi le plus fameux fumeux économiste qu’ait jamais connu la France.
Certes, du fait de la mise en œuvre de ce système, l’Humanité ne vivrait pas mieux durant le millénaire et demi qu’il requiert pour produire ses fruits. Mais elle ne vivrait pas plus mal5 et, dans le futur, demeurerait la certitude de l’amélioration drastique de sa condition.
Pour une mise de fonds extrêmement faible, et selon les paramètres minimaux indiqués précédemment, la condition économique et financière de l’Humanité serait assurée d’une amélioration et d’une croissance inexorables, inéluctables et immarcescibles.
L’avenir à très long terme étant assuré, il n’y aurait cependant pas lieu de se laver les mains du présent pas plus que du futur immédiat.
Juin 1998 Jean-Pierre LLABRÉS
ÉCONOMISTE
Consultant International
1pour mémoire : 10 Euros après 232 ans ; 100 après 463 ans ; 1.000 après 695 ans.
2Je lui ai fait part de ma perplexité devant le fait que personne de notre lignée n’avait jamais jugé utile de divulguer l’histoire de notre fortune. Il y eut quelques réticences : « on ne nous croira pas ; il faut conserver le secret ; etc. ». Finalement, j’ai obtenu son consentement. Mais, je crois que j’en aurais parlé même contre son avis.
3En l’absence d’un accord mondial, un pays pourrait le réaliser seul pour l’ensemble de la population de la planète ou, à défaut, pour ses seuls ressortissants...
4Réduction de 771 ans pour un taux de rente mensuelle de 50 % et de 808 ans à 25 %.
5et, quand bien même vivrait‑elle plus mal, la cause n’en serait certainement pas la création de ce fonds.
Riccardo Petrella, Club de Lisbonne ; " Il est mystificateur de croire qu'il y a compatibilité entre compétitivité et cohésion sociale, et entre compétitivité et solidarité. La compétitivité est porteuse d'une logique de guerre pour la survie. Elle se fonde sur l'exclusion des moins compétitifs".
Cela est faux. Voir :
Pour un capitalisme HUMANISTE - Texte intégral
https://www.sincerites.org/2026/02/pour-un-capitalisme-humaniste-texte-integral.html